lundi 13 avril 2015

De mon arrivée au Japon


Salut à toi, cher lecteur !

Comme je sais que tu brûles d'impatience de savoir comment s'est déroulé mon voyage, je m'empresse de t'en faire un compte-rendu détaillé (même si tu ne le liras que bien plus tard, je pense, une fois que j'aurai enfin internet dans mon appartement).

Si tu te poses la question, sache que ce voyage s'est très bien déroulé et que je suis arrivée sans encombres au Japon, d'où je t'écris avec les doigts plein de la graisse de mon beignet au curry. Je partais donc avec Sweet, dont le nom reviendra probablement très souvent dans ce blog, et qui m'a retrouvée, avec sa gentille maman, à l'aéroport de Paris Charles-de-Gaulle le matin – notre avion était vers 14h.

Quelque trente minutes après les retrouvailles, pour bien commencer le voyage, elle avait déjà réussi à changer le code de sa valise sans s'en rendre compte et à se retrouver incapable de la rouvrir. Il a donc fallu qu'on essaie un par un tous les codes à trois chiffres de sa valise jusqu'à retrouver le bon… Épique, oui oui.

Après ça, on a dit au revoir à sa famille, et on est parties vers la zone duty free, où nous attendaient un petit Starbucks et la porte d'embarquement de notre vol direction Dubai. On commençait à y faire la file, quand soudain, je repère dans la file 1ère classe un long nez, des cheveux blancs qui me disent quelque chose… Eh oui, Dominique de Villepin est devant nous, encadré de ses gardes du corps, l'air tout à fait paisible, attendant de monter comme nous. On est rassurées : si Domi est dedans, notre avion ne risque pas de se crasher, pas vrai ?

Bref, voici donc le moment d'embarquer ! [Attention : les lignes qui vont suivre constituant une déclaration d'amour à l'intention de la compagnie Emirates, vous pouvez les passer.] Je n'avais jamais pris l'avion avec Emirates avant, mais j'avais entendu des échos, comme quoi c'était une des meilleures compagnies du monde, etc… Eh bien, sachez, mes amis, que sa réputation n'est pas usurpée. Les hôtesses et stewards étaient très sympathiques, la nourriture était très bonne (malgré ce moment où j'ai vu le piment sur le poulet et que je l'ai pris pour un de ces piments que ma famille espagnole me fait souvent goûter quand j'y vais, à avaler d'un coup : GRAVE ERREUR. J'ai eu la bouche en feu pendant une demi-heure et n'ai pas pu savourer comme il se devait le très bon poulet au curry), les films proposés étaient au moins au nombre d'un million, et parmi les récents en plus (Interstellar, etc…), même si j'ai finalement choisi de me passer devant un bon vieux Américain à Paris, bref, c'était fort agréable.

Arrivée à Dubai (la vue de nuit de la ville était magnifique), attente de trois heures, lecture refroidissante d'un article posté par ma sœur sur le crash de l'A320 qui venait du Brésil il y a quelques années, puis on embarque sur le deuxième avion, qui n'est pas un Airbus lui, mais un Boeing ; moins confortable et luxueux que le premier, mais qui 1) a des petites lumières sur le plafond de ses couloirs qui reproduisent les constellations de la galaxie (j'étais déjà conquise), 2) possède la sélection entière Hobbit/Seigneur des anneaux (j'étais amoureuse pour de bon). Ne mentionnons pas (ou si, plutôt, mentionnons-la) la très bonne omelette au fromage et aux champignons, accompagnée de Rondelé (mais y'avait pas de fines herbes dedans, alors c'était pas vraiment du Rondelé).

On n'a pas tardé à se faire remarquer en parlant en japonais à l'hôtesse, qui nous a dit qu'elle venait d'une université à Ôsaka et tout, et après quoi, le voisin de Marine, un vieux japonais dont la femme était assise de l'autre côté de la rangée, lui a tapé la tchatche pendant un bon moment dans un japonais relativement incompréhensible.  (Pardon de t'avoir laissée seule dans cette épreuve, Marine.)

Bref, un très bon vol, dont le gros point noir se trouve surtout à l'arrivée à Kansai Airport. C'est peut-être (probablement) parce que c'était la saison des fleurs de cerisiers, mais la file pour passer le check-out (je sais pas trop comment appeler ça, mais c'est l'inverse du check-in, alors…) s'étendait au moins à perte de vue. On s'était dit "oh oh, on a un visa, on va gruger la file !". Que nenni, on a dû attendre nos deux heures comme tout le monde. C'est seulement en arrivant devant le bureau que le monsieur me fait signe d'aller vers une autre file. Hi hi. Bref, d'habitude je loue la célérité des japonais, mais Kansai Airport doit être une dimension parallèle qui n'appartient pas vraiment au Japon, parce que c'est pas la première fois qu'ils me font le coup.

Marine était un peu angoissée parce qu'elle était censée retrouver quelqu'un de son université qui l'attendait pour aller à l'hôtel, mais avec nos deux heures d'attentes dans l'antre de la sueur et des cris d'enfants et des épaules tuées par des sacs à dos de dix kilos (si le purgatoire existe, il doit ressembler à ça), on n'était pas sûrs que la personne serait toujours là. En fait, pas d'inquiétude, quelqu'un l'y attendait. On est même passés vite fait sur le stand Softbank pour acheter une carte de téléphone pour Marine, mais c'était déjà trop tard pour moi et mon portable non rechargé depuis plus d'un an. (Me voici donc sans téléphone, ce qui, comme vous pourrez vous en douter, est HORRIBLEMENT peu pratique, surtout lorsqu'on arrange un rendez-vous à l'avance avec Marine et qu'on ne se réveille pas à temps pour y aller. (Pardon encore, Marine!))

Puis nos chemins se séparent, hôtel pour Marine, nuit en auberge de jeunesse pour moi. Je m'étais jurée de botter les fesses du décalage horaire, mais j'ai probablement trop dormi dans l'avion, et je passe la majeure partie de la nuit réveillée, avec une migraine effroyable. Je m'endors à 6h, mais évidemment, il faut que je me réveille à 8h pour aller signer mon bail (les yeux collés et la migraine toujours là).

Je laisse mon énorme valise dans une consigne automatique, ainsi que mon sac à dos déchargé d'à peu près tout ce dont j'aurai besoin pour aller signer le bail, à part mon sceau, que j'oublie comme une grosse bêbête  dans la poche avant. C'est malin. À part ça, j'ai bien fait mes repérages avant de partir, je connais (presque) le chemin comme ma poche sans l'avoir arpenté (à part la gare de Namba, qui est grande comme au moins deux fois le Texas), et je me rends donc à Esaka, où se trouve mon agence de location Kinoshita.

C'est là, dans un bureau étouffant, que M. Yamanaka et M. Yoshimura me lisent et me font signer un milliard de papiers, tout en m'expliquant le tout en japonais, ce qui me fait me dire que quand on veut emménager au Japon et qu'on ne parle pas un mot de japonais, il faut une bonne dose de débrouillardise et de courage. Ken "Mon Sauveur" n'est malheureusement pas là, mais je l'ai au téléphone (hiiii!) et sa jolie voix qui parle magnifiquement bien anglais (ce qui n'est pas courant pour un Japonais, précisons – mais d'après M. Yamanaka, Ken est à moitié américain (j'ai toujours une chance qu'il soit blond, donc!)) m'explique quelques menus détails et me supplie de lui donner mon numéro de téléphone une fois que j'en aurai un. (Oh, Ken, même sans me supplier, je te l'aurais donné!)

Après une heure et demie (oui, parce qu'il a fallu lire tous les papiers, etc, c'était LONG), j'ai les clés, et houp, on est partis. Je ne retrouve plus ma valise à Namba, ce qui est fort embêtant, parce que je ne me souviens plus du tout dans quelle consigne je l'ai laissée. Après une demi-heure passée à tourner en rond, je la retrouve enfin, et c'est naze et en sueur (dieu merci, je n'ai pas emménagé pendant l'été) que je me dirige vers ce qui sera mon nouvel appartement !

Arrivée à Suenari, mon quartier, un problème m'apparaît très vite : malgré le fait d'avoir à peu près mémorisé son emplacement sur Google Map après l'avoir visité un milliard de fois, je n'ai pas de plan de l'endroit où se trouve mon appartement, à part un tout petit screen fait avant de partir qui cache une bonne partie des routes. Je mets donc au moins trois quarts d'heure à rejoindre mon appartement depuis la gare d'Obayashi, contre un quart d'heure selon ce que l'agence prévoyait. Mais je suis chez moi !

L'appart est beau, grand, propre, et absolument vide. Le soleil éclaire la porte d'entrée (oh oh, je pressens les grosses chaleurs à venir en été), le sol est de parquet ciré, j'ai un mini-balcon, une salle de bain qui se sépare en salle de lavabo d'un côté et salle de baignoire de l'autre, et les toilettes séparées de l'autre côté de la salle de lavabo, une mini kitchenette dans le couloir, et voilà. Il ne me reste plus qu'à attendre que mes meubles soient livrés, plus tard dans la journée : frigo, lave-linge (qui fuit, mais le monsieur est venu le lendemain réparer ça), micro-ondes, aspirateur, table et deux chaises, et futon, un beau futon avec une grosse couette en plumes et une couverture supplémentaire. Très agréable.

L'endroit est un peu excentré, plutôt résidentiel, mais il y a un supermarché et un 100¥ shop à cinq minutes de chez moi, un Sushiro (mon restaurant de sushi préféré) à dix minutes de là (j'y ai traîné Marine dès notre arrivée), quelques combinis, des restaurants divers et variés (et promettant d'être délicieux), et une fois que j'aurai un vélo, je pourrai encore plus explorer les environs !

Bref, tout va bien, j'ai un appart très cool, il ne lui manque plus qu'internet et un canapé ou un fauteuil pour être vraiment d'enfer (là, avec le futon rangé dans le placard pendant la journée, il fait un peu vide).

Voilà pour mon installation ! On se retrouve peut-être bientôt pour un post sur la bouffe japonaise et les 100¥ shops, que je suis incroyablement heureuse de retrouver, et je n'oublierai pas non plus de parler du PQ japonais, promis.

À plus les minus !

mercredi 18 mars 2015

De la paperasse (version 2.0)

Salut tout le monde !

Chose promise, chose due (et surtout, je suis censée travailler et j'ai pas envie, donc c'est une excuse comme une autre pour honteusement sécher le boulot), voici mes pérégrinations paperassiques version 2.0. De l'action ! Du suspense ! Du stress, du sang et des larmes !
(Traduction : c'est un post long où je passe mon temps à râler. Histoire que vous soyez prévenus.)

Je t'ai donc, cher lecteur, raconté pourquoi, un peu brutalement, j'ai une nouvelle fois décidé de m'exiler à l'autre bout du monde. C'est l'heure de raconter le comment. 

Une fois la décision prise (ce qui ne s'est pas fait sans certaines hésitations, tu pourras demander à ma maman qui en sait quelque chose... ("Bon ! J'y vais finalement!" "Ah oui?" "Roh, non, en fait j'y vais pas... Y'a mon bébé chat Soya et tout..." "Ah bon." "...Bon ! C'est décidé, j'y vais!" "ça fait juste vingt mille fois que tu changes d'avis en dix minutes." "Je sais mais... roh allez, j'y vais!" "Et Soya?" "Argh ! Je peux pas laisser Soya toute seule!" "...") ...bref), une fois la décision prise, disais-je donc, il a fallu s'intéresser au côté pratique de la chose. 

A savoir que j'allais devoir a) demander le visa, b) prier pour qu'on me l'accorde, c) me trouver un appart, d) ME TROUVER UN APPART. (Sachant qu'en tant qu'étranger, c'est loin d'être évident.) La première fois, j'avais réussi à manœuvrer de façon à me sortir de ce piège, puisque c'était la fac qui avait fait les démarches pour moi, ce dont je lui suis, rétrospectivement, incroyablement reconnaissante. Je n'avais pas réalisé à l'époque à quel point c'était juste miraculeux d'avoir une chambre meublée pour seulement 20,000 yens par mois (soit environ 180 euros), avec salle de bain privative (d'accord, elle faisait 2m², MAIS elle était à moi), possibilité d'avoir internet au 4ème étage, machine à laver, bureau de poste de l'autre côté de la rue, métro à trois minutes à pied et supermarché en bas de l'immeuble, et un Sushiro (mon resto de sushi préféré) ainsi qu'un Book-Off à dix minutes en vélo. Non, tout ce que je trouvais à faire, c'était de me plaindre (parce que j'aime beaucoup me plaindre, comme tu l'auras sans doute remarqué) qu'il n'y ait pas de combini proche de chez moi.

Naïve enfant.

Cette fois-ci, donc, il m'est apparu que je devrais faire les démarches moi-même. D'abord, demander le visa. Boudidiou, qu'est-ce qu'il faut pas réunir pour l'avoir, ce visa ! Tous les documents doivent être datés de moins d'un mois auparavant, à savoir, l'attestation de la banque comme quoi tu es riche, le certificat médical comme quoi tu es en pleine forme, le récit de touuut ce que tu vas faire quand tu seras au Japon, mois par mois, et de comment tu vas faire pour trouver tes sous là-bas (parce que c'est un visa vacances-travail, attention, ce qui veut dire que tu peux travailler, mais PAS TROP, et tourismer, mais PAS TROP NON PLUS.), une lettre de motivation expliquant pourquoi tu tiens absolument à t'expatrier dans un pays aussi différent du tiens, un CV parce que bon, voilà, un formulaire auquel tu ne comprends rien et dont tu laisses la moitié vide parce que c'est plein d'informations que tu n'as pas encore, genre ton adresse là-bas ou le numéro de ton vol pour l'aller (bah oui, tu vas pas louer un appart ou acheter un billet d'avion si tu sais pas si ton visa va être accepté, déjà, soyons logique). Ah oui, et n'oublions pas la photo.

Bref, une fois tous ces papiers réunis à la sueur de ton front, il faut se rendre à l'ambassade de Paris, si tu habites dans à peu près la majorité de la France, c'est à dire au nord, au centre, ou à l'ouest. Si comme moi, tu as décidé d'émigrer vers le sud de la France, près de Toulouse, il faudra te rendre à Marseille. 

Oh peuchère, Marseille. C'est pas que j'avais pas envie d'y aller. C'est que j'avais TRÈS TRÈS pas envie d'y aller. Je suis du genre stressée, et l'idée d'un voyage à Marseille me paraissait tellement insurmontable (et l'idée d'une NUIT à Marseille me paraissait juste inconcevable) que je me suis dépêchée, je suis partie vite-fait le matin, et je suis revenue fissa dans la journée, après mon passage au consulat. 

J'avais gardé de l'ambassade de Paris (où j'avais demandé mon visa étudiant, étant encore lilloise à cette époque) un souvenir plutôt raide, détecteur de métal, attente, grand hall, guichets fermés, visages fermés, bref, de quoi impressionner une petite étudiante impressionnable. 

Je garderai du consulat de Marseille l'image d'un bureau tout petit, au bout d'un escalier, suffoquant de chaleur grâce aux baies vitrées plein Sud inondées de soleil (mais les mecs, fait toujours chaud chez vous ou quoi ? On était en janvier!), un vigile en guise de détecteur de métal, qui me demande juste de lui donner mon portable, et personne, personne, PERSONNE d'autre que moi. (Personne ne demande jamais de visa à Marseille, ou quoi?) Plutôt sympa, dans l'ensemble. Marseille, je regrette mes préjugés sur toi. (Surtout qu'au bout de l'avenue du consulat, y'avait la mer, et ça, c'est quand même cool).

Bref. La chose s'est avérée plutôt simple, à part pour parler à la gentille réceptionniste et constater que mon maigre japonais acquis durement pendant un an là-bas s'est depuis longtemps barré en courant, et deux jours plus tard, je recevais le Graal chez moi par Chronopost.

C'est là qu'il a fallu passer à la suite, le Problème n°2 : l'appartement.

Grâce à Sweet, mon amie, qui est environ un milliard de fois plus débrouillarde que moi, et qui a eu la gentillesse de me diriger vers quelques sites immobiliers spécialement pour étrangers (chercher un appartement en japonais, moi qui ai oublié comment dire "merci" en forme polie ? Jamais!!), j'ai donc commencé par repérer des appartements susceptibles de correspondre à mes attentes. 

Il faut savoir qu'au Japon, il y a plusieurs choses qui sont embêtantes quand il s'agit de louer un appartement.
- Déjà, il faut un garant. Pas de garant, pas d'appart. Or, quand tu arrives sur le sol japonais avec un visa vacances-travail et que tu ne connais personne, tu ne vas pas demander au premier péquenaud dans la rue de te servir de garant. Heureusement, pour contourner le problème, il y a des sociétés spécialisées qui, moyennant finances, acceptent de se porter garant pour toi. Ouf. Problème résolu. 
- Ensuite, il faut payer la caution. Elle est normalement rendue lorsqu'on quitte l'appartement, mais rarement en entier, à ce qu'il paraît.
- Ensuite, il faut payer le "key money", à savoir un cadeau au propriétaire (équivalent grosso-modo à deux mois de loyer) qui, comme c'est un cadeau évidemment, n'est pas remboursé. Ha ha. Heureusement, le site sur lequel j'ai repéré mes appartements faisait grâce de ce key money pour les étrangers louant via leur page web. Ouf bis. 
- Ensuite, il faut payer le loyer en avance. Du coup, avec les frais de garant, de caution, et de key money (si tu n'as pas réussi à les éviter), c'est le moment où tu commences à être un peu sur la paille. 

Prendre un appart au Japon, ça nécessite de l'argent. Lorsque tu fais ta demande de visa, l'ambassade exige de ta part que tu prouves être en possession de a) 3200 euros, si tu as déjà acheté ton billet d'avion, b) 4500 euros sans le billet d'avion. Et tu te dis, ha ha, 4500€ pour un an ? Laaaaarge! 
Oui ben, pas si large que ça, en fait. 

Ce qui m'inquiétait le plus, à vrai dire, c'était de débarquer sur le territoire et de devoir commencer à rechercher un appart APRÈS. Surtout quand j'ai commencé à chercher des hôtels et que, m'y prenant à la dernière minute comme la bécasse que je suis, j'ai remarqué qu'il n'y avait plus une seule chambre de libre dans tout Ôsaka, hôtel, auberge de jeunesse, guest house, NULLE PART. (True story.) Apparemment, le monde entier compte se rendre à Ôsaka entre le 28 mars et le 10 avril.

J'ai donc envoyé des mails aux gentils gens s'occupant des deux apparts que j'avais repérés (l'un proche de chez Sweet, mais plus cher et moins équipé, et l'autre plus loin de chez Sweet, dans Ôsaka même, mais moins cher et mieux agencé). Au final, il s'est trouvé que l'un (le plus cher) pouvait se réserver en ligne tandis que l'autre non. Soucieuse d'emménager dès mon arrivée pour ne pas me retrouver obligée de squatter les karaokés et les restaurants ouverts 24h/24 avec une valise de 25K à traîner avec moi pendant quinze jours, je me suis donc décidée pour le bâtiment Amour (ça s'annonce bien, je vous le dis), ville de Takarazuka, préfecture de Hyôgo, au nord d'Ôsaka.

Et c'est là, mes amis, que le miracle japonais s'est mis en route, en la personne de Ken (pour la millième fois maman, aucun rapport avec Barbie), surnommé parfois Ken-chan ou Ken-sama par ma personne. Ken, japonais, bilingue japonais-anglais (OUF), qui s'est mis en quatre pour répondre à mes (nombreuses) questions, qui a fait toutes les démarches, appelé les compagnies de gaz, d'eau et d'électricité, demandé un rendez-vous avec l'agence immobilière pour moi, a traduit mon bail de location en anglais, et qui est même allé jusqu'à louer pour moi les meubles dont j'avais besoin pour mon appartement.
 
Ken-sama, je ne sais pas à quoi tu ressembles (probablement à un milliardaire blond aux yeux bleus sculpté comme un dieu, si j'en crois maman), mais sache que je te voue une vénération sans faille. 
("Comme on Laurie let's go party!" "Ooh, it's gonna be so much fun ! Oh, I love you Ken!")
Je vous ai mis la chanson dans la tête ? J'espère que oui.

Durant ce dernier mois, donc, je me suis réveillée chaque jour au son d'un e-mail de Ken-sama, qui a réglé tous les problèmes que j'aurais pu rencontrer, et voici le résultat : arrivée le 27 au soir à l'aéroport du Kansai, j'emménage le 28 au matin dans mon nouvel appartement. Le 28 au soir, j'ai mes meubles.

Évidemment, tout ceci n'est pas allé sans un stress énorme, l'impossibilité de dormir la nuit (et si j'étais à la rue ? Et si j'arrivais et que j'avais pas d'appart ? Et si c'était une grosse arnaque ? Et si je rate le rendez-vous à l'agence au cas où mon avion aurait un jour de retard comme cet été quand je suis revenue de Kôbe ? (True story.) Et si j'oubliais mon doudou? Et si, et si, et si...) mais maintenant que j'écris ces lignes, je me rends compte encore une fois que tout, finalement, est allé dans mon sens, à moi la sale chanceuse, et j'espère fortement que ça va continuer toute l'année. 

Voilà donc. Vous savez tout. Je vous en dirai plus sur mon nouveau chez-moi dès que j'en saurai plus moi-même, et surtout dès que j'aurai internet là-bas. (Euh, Ken-chan ? Tu veux bien m'aider pour Internet, dis?) 

A très bientôt, mes choux à la crème !

mardi 10 mars 2015

D'une résurrection...

Vous n'y croyiez plus ? Eh bien, moi non plus.
Qui l'eut cru, mes braves ! Qui aurait vu venir le jour où ce blog se relèverait de ses cendres, tel Fumseck le phénix ? Vous pensiez être débarrassés de moi et de mes références pourries pour de bon ? Naïfs enfants ! *rire diabolique*

Eh oui. On rempile pour un an, les gars. La Sana s'envole à nouveau vers le Japon, et comme toujours dans ces cas-là, elle décide qu'elle va en profiter pour emmerder le plus de monde possible avec ses articles inutiles et ses cris hystériques d'otaku. Brace yourselves !

Mais j'ai comme l'impression que tu as besoin d'une petite explication, cher lecteur, alors allons-y. Comme tu t'en rappelleras (ou non, vu que ça fait, hum, presque trois ans maintenant depuis mon dernier post), je t'ai honteusement laissé en plan alors que je te racontais mes aventures à Tôkyô. (Si tu espères en voir la suite, d'ailleurs, je suis navrée de briser tes espoirs tout de suite, mais étant donné que j'ai déjà du mal à me souvenir de ce que j'ai mangé ce midi, je ne crois pas récupérer dans ma mémoire-gruyère des souvenirs assez consistants de ce voyage. Sache juste qu'il était hyper cool). 

Bref, prise entre ma boulangerie et le joli popotin de mon chef, mes cours à l'université (qui, si tu te le rappelles, était à une heure et demie de train de chez moi), et mes petits jobs par-ci par-là de prof d'anglais pour des écoliers japonais à l'autre bout de la ville (pas celui de la fac, c'eut été trop simple, non ; un troisième bout, à équidistance de mon appart, à une heure de là, et de la fac, à une heure de là), je n'avais plus une minute à moi pour te faire le récit de ma passionnante vie (une perte incommensurable, tu en conviendras), et ce jusqu'au jour de mon départ pour la France, le 31 août 2012.

Puis j'ai trouvé un travail (un chouette travail de traductrice de mangas, si tu te poses la question - et si tu as lu tout ce que j'ai marqué sur ce blog avant, tu sauras à quel point je suis toujours la fille la plus chanceuse au monde) et j'ai recommencé à vivre ma vie en France. 

Or, voilà que quelques années après (deux ans pour être précise, ce qui nous ramène à l'été dernier), je vais en vacances au Japon pendant deux semaines (parce que bon, hein, même si je n'y habite plus et que mes goûts dans la vie ont quelque peu changé, j'aime toujours le Japon tendrement), où je suis logée par Sweet, l'une de mes meilleures amies, qui va probablement faire un échange à Ôsaka à partir d'avril et qui me dit "roooh, ça serait trop bien que tu viennes en même temps que moi en WH!"

WH, pour les novices, c'est Working Holiday, PVT, visa vacances-travail. Un programme mis en place entre la France et une dizaine d'autres pays qui permet de partir pendant un an pour le séjour de ton choix, Japon, Corée du Sud, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, etc...

L'idée a donc fait son chemin, et je me suis dit "hé, au fond, why not?". J'avais pour autre projet d'aller vivre en haute montagne avec de la neige et des chèvres, mais comme on ne peut obtenir un WH qu'avant 30 ans (35 pour le Canada) et que les chèvres, tu peux en avoir toute ta vie, je me suis dit, "ma petite Sana (j'aime beaucoup me parler à moi-même), tes chèvres, tu pourras les avoir au retour, mais ton Japon (et ton Australie et ta Nouvelle-Zélande, qui ont également fait partie de mes projets), tu ferais mieux de te dépêcher d'y aller avant de ne plus pouvoir". (Car quoi qu'en dise mon profil à droite qui n'est plus à jour depuis longtemps, je n'ai plus 23 ans, et l'âge commence à se faire sentir.)

C'était dur de renoncer aux chèvres, mais sachant qu'elles m'attendraient à mon retour, je suis donc allée à Marseille pour obtenir mon visa, et deux jours plus tard, j'étais l'heureuse propriétaire d'un passeport estampillé aux couleurs d'un PVT. 

Ça c'est mon visa. Il pète pas un peu la classe ?


Et comme un bonheur ne vient jamais seul, il a donc été décidé avec moi-même que nous rouvririons le blog. Mais les choses ont changé, mes amis, et comme je m'en vais habiter près d'Ôsaka, l'ancien nom de ce blog, Nagoya Lifestyle, n'avait plus de raison d'être. Du coup, je l'ai remplacé par Sana Lifestyle, ce qui, non content de coller un peu mieux au thème, est de toute façon également plus satisfaisant pour mon égo démesuré.


Voilà pour la résurrection. Je m'envole dans une quinzaine de jours, mais je peux déjà vous parler dans un prochain post (qui, espérons-le, ne sera pas étouffé dans l’œuf par ma flemme habituelle) de mes recherches immobilières (mon appaaart, ma bataaaille, fallait pas que j'm'en aaaille wohohooo), de mon manque total d'organisation (comme d'haaabituuuuuuuudeuuuh) et de mon stress paralysant (je n'peux paaaas, je n'sais paaaas et je reste plantée làààà). 

A très bientôt, mes bichounets !
(Je constate que la mise en page sur blogspot est toujours aussi chiante, quel plaisir de la retrouver. Ha. Ha. Ha.) 

jeudi 10 mai 2012

De mes pérégrinations à Tôkyô (jour 2)

Allez, on reprend le récit de mes passionnantes aventures à Tôkyô !

Jour 2, donc. Je me réveille le matin en ayant très froid au bout du nez, comme toujours pendant l'hiver. Je fais un peu ma geek dans ma chambre (mais juste un peu seulement parce que voilà, j'suis à Tokyo quoi!), je remarque qu'il a l'air de faire très beau dehors, je me lève, je vais prendre une douche en utilisant la glaciale salle de bain de mes hôtes (j'ai cru que mes pieds allaient congeler quand je les ai posés sur le carrelage à côté de la baignoire...), et après avoir pris le petit déjeuner avec mes adorables hôtes, qui m'invitent à la fête qu'ils donnent chez eux le soir-même, je sors de l'appartement, et je hume à nouveau l'air frais de Tokyo. Ô joie, il fait beau, pas un nuage dans le ciel, le séjour s'annonce bien ! 

L'endroit où habitent mes hôtes est super chouette, très calme, très joli, et à dix minutes à peine de Shinjuku en train - et ils habitent pile poil entre deux gares, cinq minutes de marche pour l'une et cinq minutes pour l'autre. Que demande le peuple ? 

Je m'en vais donc prendre mon train, un peu en retard, parce que j'ai rendez-vous à Shinjuku avec Conny et Tilo, mais pas vraiment inquiète vu la tendance qu'ils ont à être systématiquement en retard eux aussi. Résultat, lorsque j'arrive à Shinjuku (l'énoooorme gare de Shinjuku), je reçois un message qui me dit qu'ils n'arriveront que dans une vingtaine de minutes. Ça tombe bien, il y a le bâtiment Docomo pas loin qui me supplie de m'approcher pour le photographier, ce que je fais. Mais d'abord, je photographie la gare de Shinjuku, ça vaut le coup d’œil. 

Quand je vois ce genre de rue, je me dis, oh oui, ma Sana, tu ES à Tokyo.
Après avoir fait ma touriste, ce qui prend vingt bonnes minutes, je m'en retourne vers la gare pour attendre Connyponny et Tilowilo. Ils arrivent enfin, on s'arrête dans un combini pour acheter quelque chose à manger, et hop, nous voilà partis pour notre premier raid tokyoïte : la mairie. Enfin, l'hôtel de ville. Ou plutôt officiellement, le Siège du Gouvernement Métropolitain de Tokyo. Comme c'est trop long, on dit mairie et c'est réglé. D'ailleurs, vous en voyez un bout sur la photo du dessous, ce sont les deux tours qui dépassent. 

Bon alors, évidemment, la mairie de Tokyo, c'est encore tous mes trips d'otaku qui reviennent à charge. Mais comme Tokyo dans son entièreté est peuplée de mes trips d'otaku, je vais essayer de vous épargner les moins gros (parce que voilà, à Ikebukuro, désolée, mais je ne pourrai pas éviter de parler de Durarara...). Bref, la mairie de Tokyo, outre qu'elle constitue un kekkai dans X et le QG du clan de Kanoe, et aussi l'endroit où mon petit chéri de Fye devient un vampire (ah ben j'en ai parlé quand même finalement, oups), c'est aussi un bâtiment déjà vachement classe de l'extérieur, et d'où on a une vue sublime une fois à l'intérieur. 

La mairie de Tokyo, c'est grand. Très grand. 
Quand on est à côté de ce truc, on se sent un peu tout petit. Mais l'ambiance est très chouette en même temps, parce que c'est un quartier où les voitures circulent peu (du moins du côté de l'entrée du bâtiment) donc c'est calme et agréable, un peu comme la Défense à Paris. 

Ça en jette, non ?
Le bâtiment pointu au milieu, c'est le bâtiment Docomo. Si vous avez de bons yeux (ou si vous faites un zoom sur la photo), vous verrez aussi la tour de Tokyo dans le fond, à droite du bâtiment Docomo et juste à gauche d'un rectangle noir, et si vous avez de très très bons yeux ou que vous êtes un addict du Rainbow Bridge comme moi, vous pouvez le voir touuut au fond, une petite tâche blanche. L'amas de bâtiments à gauche, c'est le quartier d'Ikebukuro (si je me plante pas). La photo ne représente qu'un quart du paysage urbain de Tokyo, puisque je l'ai prise à partir d'un des quatre côtés de la tour, mais de tous les côtés, c'est de la jungle urbaine à perte de vue. Certains aiment, d'autre pas... Je fais partie de ceux qui adorent ça. (Avec moi, c'est la jungle urbaine ou les grands espaces, mais pas entre les deux !)

Par temps dégagé, on peut voir le mont Fuji depuis la mairie de Tokyo... Eh bien mes amis, on l'a vu. Oui oui. Bon, pas très très bien, mais on l'a VU ! 

Vous verrez sans doute pas, mais c'est la masse blanche un peu à gauche sur la photo...
Bien sûr, on avait souhaité le voir mieux, mais enfin le voir, c'est déjà très bien, et puis il nous reste le voyage de retour pour bien l'apprécier dans toute sa splendeur ! Bref, après avoir flâné dans la mairie, on décide de redescendre, et nos chemins se séparent : mes amis veulent aller visiter le sanctuaire Meiji Jingu, et moi, je veux aller rôder au pied du bâtiment Docomo qui me fait de l’œil depuis que je suis arrivée le matin à Shinjuku. Nous nous séparons donc à la gare, et je continue mon voyage initiatique.

Le bâtiment Docomo, lui, il ne se rattache à aucun souvenir otaku en particulier. Pourquoi je l'aime particulièrement, alors ? Pour une raison toute bête, parce que je l'ai toujours vu dans le paysage pendant mes déplacements en Yamanote lors de mon premier voyage à Tokyo, voilà de ça quatre ans et demi, et que j'ai toujours rêvé de l'approcher un jour. Comme ça, c'est fait ! 

Je l'aime ce bâtiment, huhuhu.
Par superstition, je suis même allée jusqu'à le toucher, en me disant que ça me porterait chance. Bon, c'est pas comme si j'en avais manqué jusque là (à tel point que je sais même pas quel vœu faire quand on me dit que j'ai un cil sur la joue), mais autant mettre toutes les chances de son côté. 

Après avoir bien rôdé autour du bâtiment, il est déjà 16h, je décide de rentrer à l'appartement pour la petite fête que mes hôtes organisent. J'achète en passant de quoi faire des crêpes, et je rentre un peu fourbue, il faut bien l'avouer. Les premiers amis de David et Wakako sont déjà là, Dai, Keiko et leur fils Haruto, 9 ans, et on fait connaissance, ils ont l'air très sympa (il va falloir que je finisse par m'habituer à ne rencontrer que des gens sympas....). Pendant la discussion (en japonais généralement, parce que les amis de Dave et Waka ne parlent pas vraiment anglais), je comprends qu'ils font partie d'un club de jonglage, et que leur spécialité, c'est le kendama.

J'ai la flemme de décrire, voici donc ce qu'est un kendama.
Le but du jeu, c'est de réussir à faire sauter la boule et la faire atterrir dans les trois creux de chaque côté du bois. Vous pouvez aussi tenter de l'empaler sur le pic en bois à l'extrémité, il y a trou dans la boule qui le permet. Bref, moi, fabuleusement intéressée, je les vois se mettre à l'exercice, et peu de temps après, ils me proposent d'essayer, alors je saute sur l'occasion. C'était pas simple, mais je m'en suis assez bien sortie, à mon humble avis. Ensuite, ils font tourner des coussins sur leurs doigts, et d'autres trucs marrants : l'enfant des amis de Waka, surtout, du haut de ses 9 ans, est terriblement doué. David me confie en secret que c'est un gosse très intelligent, il n'y a qu'à écouter la façon dont il parle : quel gosse de neuf ans dit "arigatô gozaimasu" en entier ? Déjà qu'un gosse de neuf ans, ça dit rarement merci, alors merci dans la forme polie, faut le faire. 

Bref, je m'amuse bien avec Haruto, je papote avec les parents, d'autres amis arrivent, on parle tous ensemble, on mange des bonnes choses (dont des pâtes avec une sauce au poulpe et aux fruits de mer dont je me rappellerai probablement pour le restant de mes jours tellement c'était bon), une sorte de viande qui ressemble à du foie gras, je fais connaissance avec une autre amie de Waka, Saori, qui a l'air très énergique et qui est très amusante, je fais des crêpes, on passe une super soirée, et comme j'ai dit que j'aimais les okonomiyaki, Saori me propose de se retrouver quelques jours plus tard pour aller dans un restaurant de monjayaki, la version tokyoïte des okonomiyaki. Forcément j'accepte. 

Puis les invités quittent petit à petit la maison, et je me retrouve avec Waka et Dave à boire un thé et à m'extasier sur le fait que tout le monde soit si extraordinairement sympa, par ici. C'était la première fois que j'utilisais Couch Surfing, et autant le dire tout de suite, j'avais un peu les boules, mais visiblement, je me faisais du souci pour rien, c'est bourré de gens ouverts et adorables. 

Du coup, quand je vais me coucher, ce soir-là, j'ai encore plus le cœur en fête que la veille ! (Et fallait le faire.)

On se retrouve plus tard pour le jour 3 !

vendredi 4 mai 2012

De mes pérégrinations à Tôkyô (jour 1)

Salut mes choux à la crème ! (Oui, j'ai commencé à travailler dans une boulangerie. Ça se voit ?).

J'espère que vous allez bien - et que vous ne m'en voulez pas trop de vous avoir abandonnés pour une oh, si longue période. A ma décharge, j'ai longtemps essayé d'élever la procrastination au rang de discipline olympique, et j'ai malheureusement vu tous mes espoirs s'écraser au sol quand j'ai été prise pour mon nouveau boulot (dont je vous dirai des nouvelles dans un prochain post !). Comprenez qu'entre ci et ça, je n'avais pas beaucoup de temps pour m'occuper de ce blog.

Oui, vous pouvez dire que je suis paresseuse, aussi. Je ne me fâcherai pas. 

Bref, qu'avons-nous au menu, ce soir ? On a la plus grande métropole du monde, Tokyo, et moi, minuscule fourmi m'émerveillant au moindre de ses carrefours. On a la rencontre d'une ville aux gratte-ciels gigantesques et d'une fille qui n'aime pas les demi-mesures. On a une histoire d'amour, en gros. (Et comme mon histoire d'amour avec Tôkyô est plutôt rock, j'ai changé la musique de votre lecteur en haut à droite, n'hésitez pas à cliquer dessus pour que la douce voix de Steven Tyler se glisse dans vos oreilles pendant que vous savourerez le récit de mes aventures tokyoïtes.)

Tôkyô, mes amis. Toukyou. とうきょう。東京。La plus grande aire urbaine de ce monde, si en croit Wikipédia (et je peux vous dire qu'une fois qu'on est dedans, on a pas trop de mal à y croire).

Mon voyage commence à se préparer dans ma tête le jour où l'une de mes amies me dit : "Hé Sana ! Je viens te voir au Japon, j'arrive le 18 février !". Moi bien contente, vous pensez, je me dis, "super, j'achète un ticket de bus pour le 17 février, ça me fera un cadeau d'anniversaire de moi à moi, comment me remercier ? je vais chercher Jyô à l'aéroport et pendant une semaine, NOUS SERONS LES MAÎTRESSES DE TOKYO !". Dans les grandes lignes.

Bon, le plan a été un peu modifié lorsque Jyô s'est rendue compte trois jours avant de partir que son passeport n'était plus valide... Il a donc fallu que je devienne la maîtresse de Tokyo sans elle, mais par un heureux hasard fait exprès, mon amie allemande Cornelia et son petit copain Tilo s'étaient dit que "Tokyo, c'est pas mal, et si on prenait le bus ensemble pour y aller ?". Aussitôt dit, aussitôt fait. Un petit tour par la gare de Nagoya pour acheter les tickets, et j'avais devant moi le début de mon rêve.

J'aurais bien aimé garder les tickets avec la date de mon anniversaire, mais il a fallu les donner au contrôleur...
Le vendredi 17 février, du haut de mes tout frais 23 ans, je me réveille dans un état de surexcitation extrême. Voyage en bus depuis Nagoya jusque Tokyo : Fuji-san it is ! Le ciel à Nagoya est d'un bleu insolent, ça augure bien pour le voyage. Le bus est à 8h30, nous partons donc à 7h pour être SÛRS de ne pas avoir de retard. (Le voyage jusqu'à la gare de Nagoya ne prend qu'une demi-heure mais qu'importe.)

Notre bus trouvé, nous qui avons déjà vécu l'expérience de partir à Kyôto avec un bus blindé de monde, nous avons la surprise de découvrir que nous sommes deux pelés et trois tondus à prendre celui pour la capitale. Tant mieux, c'est toujours sympa de voyager dans le calme, et ça fait moins de gens qui vous fixent comme des aliens.

Mes amis m'offrent des cadeaux d'anniversaire surprise (oui, vous me direz, normalement, des cadeaux d'anniversaire, c'est toujours surprise...) dans le bus, juste après le démarrage, et c'est ainsi que commencent nos six heures de voyage. Bien sûr, il y a le shinkansen (version japonaise du TGV) qui relie Tokyo à Nagoya en une heure environ, mais qui coûte environ 4 fois plus cher, donc on a opté pour le bus. Et puis, j'aime bien les longs voyages, moi, regarder les paysages défiler, ça me plaît. Le temps est radieux, ça s'annonce bien pour le Fuji-san ; il a intérêt à se montrer, ça fait depuis qu'on a acheté les tickets qu'on gagatise sur lui, avec Conny.

On passe par de magnifiques paysages, on espère voir le Fuji-san à chaque tournant, et enfin, on découvre sur le panneau électronique du bus le nom du prochain arrêt : Toumei Fuji, qui sert aussi d'arrêt pipi sur l'aire d'autoroute. Malheureusement, les gros nuages qui s'amoncellent teintent notre enthousiasme d'inquiétude... 


Après quelques tournants entre deux montagnes, il faudra se résigner : le Fuji-san, ça ne sera pas pour cette fois. En revanche, pour se faire pardonner de nous priver de la vue du symbole du Japon, mère Nature nous offre, pile poil au moment de l'arrêt sur l'aire d'autoroute, une fabuleuse tempête de neige. (Oui oui, on était partis le matin avec un grand soleil.) Bon, on aura pas vu le mont Fuji, mais ça fait quand même un beau cadeau d'anniversaire !


T'as vu maman, je mets bien mes lunettes et tout !
 Ensuite, on reprend la route. On traverse des paysages où il y a déjà dix centimètres de neige au sol, on traverse des montagnes et tunnel, et pop, on débouche d'un coup de l'autre côté du mauvais temps comme si rien ne s'était passé. Et c'est sous un magnifique soleil qu'on débarque à Tokyo. 


Hahaha, c'est qui qui se la pète hein ??

Tokyo, c'est grand. C'est impressionnant, même. On n'est plus à Nagoya avec ses trois pauvres gratte-ciels, là ! (Oh comment je bave sur ma ville, c'est pas beau.) Mais un truc qui est plus qu'impressionnant, à Tokyo, qui est carrément terrifiant, c'est les lignes ferroviaires. Et on est forcés de s'y frotter tout de suite en arrivant, puisque Conny et Tilo ont rendez-vous à Ikebukuro et que moi je dois me rendre à une gare dont j'ai oublié le nom. Entre toutes les lignes différentes, l'équivalent du métro, l'équivalent du RER, l'équivalent des zones, bref, on est pas sortis de l'auberge. Heureusement, c'est au début que c'est flippant : après, c'est agréable. Sans compter qu'à Tokyo, pour se déplacer un peu partout, il y a la ligne Yamanote, et j'aime cette ligne, oh oui, je suis une addict de cette ligne. (Et si vous trouvez ça bizarre, c'est que vous n'avez jamais entendu parler des densha otaku, ces gens qui vont jusqu'à apprendre par coeur les horaires de chaque train, juste parce que ça les botte. Je n'en suis pas à ce stade, je vous rassure.)


La Yamanote, c'est une grande histoire d'amour. Pourquoi ? Parce que déjà, on la retrouve dans pas mal de mangas et que je suis une sale otaku. C'est dans la Yamanote que Light cherche à piéger Raye Penber, c'est dans la Yamanote que Naru s'endort sur l'épaule de Keitaro, c'est la ligne Yamanote qui est un des kekkai de Tokyo dans X de Clamp... Bref. Que des trips d'otaku. Mais pas que ! Il y a aussi le fait que, quand on prend la Yamanote, il y a ces adorables petites musiquettes qui vous signalent quand un train arrive et quand il s'en va. Et elles sont franchement adorables. 

Gare de Tokyo


Gare de Yûrakuchô




Je ne vous raconte pas comme je suis folle de ces musiques - rien que de les entendre, ça me fait des petits bonds hystériques dans le ventre. (Bon je sais que je suis un peu fofolle aussi, mais je vous jure qu'elles sont géniales!) Du coup, ça joue beaucoup (beaucoup) sur le fait que j'aime prendre le train à Tokyo. Ça, et aussi le fait que la Yamanote ne soit pas souterraine, et c'est toujours agréable de regarder par la fenêtre et de bondir subitement en s'exclamant comme le touriste qu'on est : "oooooh la tour de Tokyo !! Oooooh le bâtiment Docomo !!! OOOOOH la MAIRIE !!!". 

Bref, après un peu d'hystérie en prenant la Yamanote, on arrive à Shinjuku, probablement l'endroit au monde où les gens défilent le plus à la minute (c'est effrayant, je vous jure), et l'endroit où nos chemins se séparent, à mes amis et à moi. Nous avons en effet décidé de tester un nouveau mode d'hébergement plutôt que de prendre un hôtel tout bête : on a donc fait appel à Couch Surfing, un site qui vous propose d'entrer en relation avec des gens qui sont prêts à vous héberger dans leur maison ou appartement pour quelques jours, en échange de quoi vous leur parlez de votre culture, vous leur faites à manger de chez vous s'il ont envie, etc. 

C'était la première fois que j'utilisais ce site donc j'étais un peu anxieuse, d'autant qu'en une semaine, je changeais trois fois d'hôtes. Ce soir-là, donc, je devais rencontrer mon premier couple d'hôtes, David et Wakako, couple américano-japonais. Stressant pour la geek que je suis, qui ne fait pas souvent connaissance avec le monde extérieur... 

Conny et Tilo allant dormir chez un autre hôte, je suis donc partie toute seule comme une grande à la gare où j'avais rendez-vous avec David et Wakako. Particulièrement stressée, d'autant qu'il s'était mis à pleuvoir et que l'endroit paraissait un peu glauque. Puis, après quelques coups de fils pour déterminer notre point de rendez-vous, je retrouve mes hôtes : génial, ils ont l'air charmants, la conversation démarre tout de suite (ce qui n'est pas le cas avec tout le monde, en général...). Ils m'emmènent en voiture chez une amie à eux pour qu'on fête tous ensemble mon anniversaire, avec du chirashi de luxe, un gros gâteau d'anniversaire sur lequel je dois souffler mes bougies, et même du champagne ! (Je n'ai pas osé leur dire que je n'aimais pas...) On rit ensemble, on s'amuse avec le piano électrique, on fait les débiles avec David, bref, une soirée mémorable, et en sortant de chez Mame-chan, l'amie de Wakako, il s'est remis à neiger. Wow, quelle journée pleine de bonnes choses !


Une super soirée d'anniversaire !
Pendant que je suis toujours émerveillée par le fait que ce soit possible de s'entendre si bien avec des gens qu'on vient à peine de rencontrer, Mame-chan nous ramène en voiture chez Wakako et David, un petit quartier résidentiel tranquille en plein Tokyo. Leur appartement est magnifique, sur deux étages, et j'ai même ma propre chambre avec le wifi, dont mes hôtes m'offrent gracieusement le code. Ils me donnent également une carte de train, le double de leur appartement et la clé de leur vélo à l'entrée si jamais j'en ai besoin. Wow !! Ça, c'est ce qui s'appelle être accueillant... 


C'est dans un futon bien confortable, et avec le droit de mettre le chauffage dans ma chambre (ce qui n'est pas négligeable, parce que si maintenant, il est fait 25° à 7h du matin, le 17 février, il avait quand même neigé plusieurs fois dans la journée) que je m'endors, les doigts de pieds en éventail, le coeur au paradis. 


Je vous raconterai bientôt le jour 2, si le premier vous a intéressé !
A plus les loulous !

 

mardi 14 février 2012

Du 14 février...

Salut tout le monde !

Ça fait bien longtemps que je n'ai rien posté par ici. On va se rattraper aujourd'hui, puisque c'est la Saint-Valentin, comme vous le savez tous. Eh oui, même au Japon, on fête la Saint-Valentin ! Toutefois, la façon de faire diffère largement de la nôtre en Europe.

Chez nous en Europe, Saint-Valentin signifie repas romantique entre couples, sorties, cadeaux, et tout ce qui va avec... ce qui ne saurait être plus éloigné de l'esprit de la Saint-Valentin d'ici, où le mot qui prime est "chocolat". Un vent d'excitation souffle sur tout le Japon, et la question s'inscrit dans tous les regards : est-ce qu'on arrivera à délivrer nos chocolats à l'être aimé ? (pour les filles) Est-ce qu'on recevra du chocolat, cette année ? (pour les garçons.)

Eh oui, le jour de la Saint-Valentin, ce sont les filles qui se mettent en frais pour les garçons. Qu'elles le préparent elles-mêmes ou qu'elles l'achètent, le but de l'opération est de réussir à donner au garçon qu'elles aiment une boîte de chocolat symbolique qui fera comprendre à l'heureux élu leurs sentiments. Par conséquent, les garçons les plus populaires (ou mêmes les filles...) se voient en général crouler sous les chocolats, ce jour-là.
Toutefois, comme le jeu manquerait un peu de piquant si ce n'était que pour l'être aimé, et comme tout le monde a envie de manger du chocolat ce jour-là, le traditionnel cadeau de la Saint-Valentin se voit décliné en trois catégories.

- Honmei Choco : "chocolat sérieux", littéralement, c'est le chocolat qu'on offre à son être aimé, celui dans lequel on met tout son cœur et toutes ses tripes, celui qui nous fera souffrir mille tourments.

- Le Giri Choco : "chocolat d'obligation morale", mot à mot, c'est le chocolat qu'on offre aux garçons pour qui on n'éprouve rien d'autre que de l'amitié, juste parce que c'est toujours sympa d'offrir et de recevoir des chocolats le jour de la Saint-Valentin, même si ça ne signifie rien.

- Le Tomo Choco : "chocolat d'amitié" ; celui-là, j'ai appris son existence il y a trois jours, alors que la maman de ma famille d'accueil m'expliquait que son fils était jaloux de sa grande sœur qui recevait beaucoup plus de chocolat de la part de ses amies que lui de la part des filles. Donc voilà, le tomo choco, ce sont les amies qui s'en offrent entre elles. C'est nettement moins embarrassant que d'en offrir aux garçons, dont la chose connaît un petit succès.



La Saint-Valentin, au Japon, c'est plus qu'une tradition, c'est carrément une institution. C'est une fête d'une importance capitale, qui se retrouve dans pléthore de manga et d'animes à tendance romantique. Elle a même tellement d'importance que les japonais, jamais à cours de ressources, ont réussi à créer un pendant à la fête : le White Day, le 14 mars.

Le White Day, qu'est-ce que c'est ? Fastoche. C'est le jour où les garçons qui se sont vu offrir du chocolat à la Saint Valentin offrent en échange un cadeau de remerciement aux filles qui leur en ont offert. Le cadeau est censé avoir une valeur trois fois supérieure à celui reçu le jour de la Saint-Valentin (elles perdent pas le nord, ces filles !). Toutefois, ce jour a quand même une importance moindre que celui de la Saint-Valentin. 

Et voilà, mes amis. Alors, à qui allez-vous offrir vos chocolats aujourd'hui ?