lundi 10 octobre 2011

Ces petits riens qui font que t'es au Japon

Bien le bonsoir mes chers amis  !

Alors, qu'est-ce qu'on a sur les fourneaux aujourd'hui ? J'ai failli intituler ce post "les étrangetés de la culture japonaise, part. 3", mais en regardant certains détails de ma liste (mais oui mes choupinous, je prépare mes articles à l'avance ! ... parfois), il ne s'agit pas vraiment de culture, mais plutôt de toutes ces petites choses qui me font réaliser que je suis effectivement au Japon et pas ailleurs.

Nous voilà partis pour une liste de tous ces petits détails bizarres ou marrants que j'ai pu rencontrer ou expérimenter depuis mon arrivée ! 

- Au Japon, les camions ont encore des moteurs à explosions. Vraiment. Parce qu'autrement, je ne vois pas comment un tel potin serait imaginable.

- Quand tu t'en vas prendre le métro pour aller à la fac, parfois, tu te retrouves à côté d'une vieille dame en kimono, que tu regardes avec des yeux ronds, et que tu as envie de prendre en photo, mais tu n'oses pas le demander, et finalement le train arrive et il est trop tard. Ça sera pour la prochaine fois.

- Quand tu croises un gaijin (= étranger) dans un supermarché, vous vous saluez. Vous ne vous connaissez pas du tout, et vous vous seriez superbement ignorés si vous aviez été en France ou aux Etats-Unis, mais au Japon, être gaijin tous les deux, ça vous fait un point commun non-négligeable qui mérite bien un salut.

- Quand tu sors de ta résidence universitaire et que le gars de la sécurité te dit "itterrasshai !" (plutôt intraduisible, mais qui pourrait vouloir dire "bonne journée et sois prudent !") et que tu réponds par un timide "ittekimasu" (j'y vais !), tu te dis "bon sang, j'habite VRAIMENT au Japon !".

- Au huitième étage de ton immeuble, tu te rends compte que si tu ne vois pas les montagnes au fond du paysage, c'est parce que la pollution qui recouvre la ville les cache à ton regard. C'est un peu déprimant. (Et là, tu te dis, vivement l'hiver, que l'air soit un peu plus pur !)

- Des fois, tu te balades dans la ville, et tu te dis "ooh, c'est une grande ville pleine de monde !" et puis brusquement, t'entends un corbeau, et là tu te sens comme transportée à l'orée d'un bois isolé et désert, un peu flippant, sur un sol couvert de neige. Très loin de la ville. C'est l'effet que produit sur moi le croassement des corbeaux... et au Japon, il y en a plein.

- Des fois, tu montes dans un train, et tu te rends compte que tu viens de monter dans un wagon réservé aux femmes pendant les heures de pointe. Parce qu'au Japon, quand tout le monde est serré comme des sardines en boîte dans un wagon, les mains baladeuses ne sont pas rares. Pour pallier à ce problème d'ordre public, les autorités ont donc mis à disposition ces rames uniquement féminines... Pour l'instant je n'ai pas eu l'occasion de les tester aux heures de pointe, mais j'aimerais bien !

- Au Japon, on ne trouve pas de Coca Light. Les addicts comme moi sont obligés de se rabattre sur le Coca Zero.

- En France, quand tu mets un jean un peu trop serré ou un peu trop large, t'as peur d'être ridicule. Viens au Japon ! Ici, tout le monde met les fringues les plus hallucinantes du monde et personne ne dit rien... car au Japon, le ridicule ne tue pas ! L'autre jour par exemple, j'ai croisé un mec avec des une chemise à carreaux marron et bleue, un short vert en velours avec en dessous un leggings en laine bleue à lignes jaune pâle, le tout avec des grosses baskets. C'était tellement ridicule que j'ai voulu le photographier, mais je n'avais pas mon appareil photo. Ce matin en allant à la fac, je le croise de nouveau, avec les mêmes fringues ! Même si j'avais mon appareil, j'ai pas osé le prendre. Promis, si je le croise une troisième fois, je vous le montre, ça vaut le détour. Je n'aurai plus jamais honte d'aucune de mes fringues...

- Au Japon, il y a des combini (convenience store, petits magasins ouverts 24h sur 24) partout. Il y en a tellement partout qu'il y en a même un dans la fac, au dessus de la cantine !

- Depuis mon arrivée, il a plu pendant une journée, et il a fait gris pendant toute une autre journée. Les autres jours, il a fait beau. Ça fait tellement bizarre d'avoir du beau temps souvent, quand on vient tout droit du Nord de la France !

- Quand vous observez les gens, vous remarquez qu'il y a beaucoup de très belles japonaises. En revanche, les beaux japonais se comptent sur les doigts d'une main. (Ou serait-ce une histoire de jugement personnel ?)

- Dans le métro, sans talons, et sans même me redresser, je dépasse tout le monde.

- La nuit, dans la rue en bas de mon balcon, les sirènes d'ambulance et de police hurlent à plein poumons même quand il n'y a personne sur la route... Juste pour le plaisir de faire savoir qu'elles sont là, et pour nous réveiller si on s'est endormis.

- Dans les parkings, les japonais font toujours leur rangement en bataille en marche arrière. Ça a un côté un peu flippant.  En même temps, sur leurs voitures sans boîtes de vitesse, ça a l'air super simple de faire une marche arrière. J'ai un peu envie d'essayer.

- En tant que gaijin, vous vous faites tellement souvent fixer avec des yeux ronds, que quand vous voyez un autre gaijin, c'est vous qui le fixez avec des yeux ronds. Mimétisme...

- Ici, c'est super dur de faire la vaisselle, pour trois raisons (sans compter la tendance à la procrastination) : le produit-vaisselle mousse très très fort, l'eau n'a aucune propriété rinçante, et les torchons servent à tout sauf à essuyer efficacement.

- Pour l'eau qui ne rince pas, c'est valable aussi quand vous vous lavez les mains (avec du Heno de Pravia, merci maman!) et que vous mettez dix minutes à éliminer toute trace de savon.

- Quand vous voulez acheter du riz, vous pouvez l'acheter par paquets de dix ou quinze kilos, mais un petit paquet d'un kilo semble juste introuvable.

- Contrairement à l'idée reçue, vous trouvez du fromage dans votre supermarché ! Toutefois, pour un "fromage roux" qui doit sans doute ressembler à du Rouy, comptez bien cinq, six euros la petite boîte qui tient dans le creux de votre main. (Pas de maroilles, par contre... Et le camembert me semble très, très douteux.) 

- Les japonais aiment parler français. Ils aiment les marques qui sonnent français, comme la marque de pain "Réjoui", ou le plateau que j'ai acheté sur lequel c'est marqué "C'est bon ? C'est très bon, merci. Je n'en peux plus." Sur ce plateau en particulier, il n'y a pas d'erreur de français, mais en général, ce n'est pas ça qui manque. Mais bon, c'est mignon !


Le plateau en question.

Voilà, j'en suis arrivée à la fin de ma liste, mais je risque encore de voir par la suite des petites choses amusantes à noter, que je vous soumettrai quand j'en aurai une liste conséquente !

C'est tout pour aujourd'hui, mes agneaux, prenez soin de vous, et à la prochaine !

Sana.


L'énigme du jour : saurez-vous deviner ce que ce paquet contient ?

Du recyclage...


De manière générale, les japonais font tout pour se faciliter la vie. Tout ce qui peut avoir ne serait-que le moindre intérêt un peu pratique, ils l'inventent. Ainsi, nous avons par exemple le long sachet plastique dans lequel enfermer son parapluie pour ainsi éviter qu'il ne trempe tout autour de lui pendant que vous faites vos courses ; nous avons les feux rouges avec des petites musiques pour avertir les aveugles de quand ils peuvent ou ne peuvent pas traverser ; nous avons les toilettes à siège chauffant, agréables pour les dures journées d'hiver – et autres.

Mais s'il y a bien une chose qui est prise de tête, au Japon, c'est le recyclage. Mes aïeux ! Voilà un truc que je ne regrette pas de la France – oui bon ok, c'était pas moi qui m'occupais des poubelles en France. C'est peut-être là où le bât blesse. 

Quoi qu'il en soit, en France, on a les non-recyclables, et les recyclables en vrac (enfin, c'était comme ça dans mon appart à Lille, en tout cas). Au Japon, on a une dizaine de catégories différentes en fonction des déchets. Celles qui font le plus partie de votre vie quotidienne sont : dans la catégorie non recyclable, les moeru gomi, ou kanen gomi (les combustibles), les moenai gomi, ou funen gomi (non combustibles) ; et dans la catégorie recyclable (c'est là que ça commence à faire mal) : les pura (plastiques), les kami (papiers, cartons…), les petto botoru (bouteilles en plastiques), puis les verres, les canettes, les encombrants…

Au Japon, le simple de fait de jeter quelque chose dans la poubelle devient significatif. Vous vous mouchez le nez et vous balancez le mouchoir dans la poubelle sans réfléchir ? Que nenni ! Vous avez plus de quatre poubelles, il faut donc se donner le temps de réfléchir avant d'agir. Un mouchoir un papier. Théoriquement, il irait dans les papiers. Mais est-ce qu'un truc plein de morve peut effectivement être recyclé ? Si ce n'est pas le cas, il devrait aller dans les brûlables. Alors, papier ou brûlable ?

Pour être franche, je n'ai pas la réponse à la question, moi non plus, alors je l'ai mis dans les brûlables… Mieux vaut ne pas donner à recycler un truc recyclable que de le donner à recycler alors qu'il n'est pas recyclable (si vous avez compris cette phrase du premier coup, je vous salue).

La grosse erreur à ne pas faire en arrivant au Japon, comme moi je l'ai fait, c'est d'acheter une poubelle, toute heureuse, d'y mettre un sachet plastique dedans, et d'y jeter pêle-mêle tous les déchets que vous produisez, papiers d'onigiri (pura), boîtes de cup noodles (kami), sachets de thé usagés (moeru gomi), emballages divers (pura), tickets de caisses (kami), coton-tiges (moeru gomi). Surtout, à éviter. Car un jour viendra où vous serez obligé de prendre votre poubelle, et de retirer au compte goutte tout ce qui se trouve dedans pour trier les déchets, et vous retrouverez au détour de votre voyage un sachet de thé moisi qui dégagera une odeur abominable, et qui vous fera regretter de n'avoir pas prêté plus attention aux règles du recyclage dès le début.

Chaque catégorie de déchet a évidemment son jour de passage, et il ne faut point se planter. Déjà, si vous vous ramenez avec un sachet bleu (les recyclables) et qu'à côté de vous il n'y a que des sachets rouges (les non recyclables), vous vous direz qu'il y a une erreur quelque part… Mais encore, c'est perceptible ! Le piège serait de ramener sa poubelle de kami (papiers) dans son sachet bleu, et de la déposer à côté des autres sachets bleus… qui seraient en fait des pura (plastiques) ! Eh oui mes amis, le sachet bleu est traître, et vous êtes invité à vérifier les dates avec une attention particulière pour ne pas vous tromper. 

Quand je vous disais qu'il y avait une dizaine de catégories...

Le petit récapitulatif avec des dessins pourrait aider à comprendre, mais quand c'est tout en japonais et plein de kanji et tout, c'est pas facile facile. Mais ça aide tout de même un peu, c'est déjà ça. 

Si vous ne savez pas dans quelle poubelle mettre vos déchets, jetez un coup d'oeil à l'emballage : généralement, il y a un petit sigle dessus, comme celui que vous pouvez voir à côté des barres rose et violette : du genre un 1 dans un triangle, etc. Ce petit sigle vous indique ce que vous devez faire de votre déchet, si vous n'êtes pas sûr de l'endroit où le mettre. Et si vous n'avez pas de petit sigle, parce que vous avez importé le déchet de France, ou parce que pour une raison ou pour une autre, ce n'est pas marqué... Eh ben vous êtes dans la mouise haha ! 

Quoi qu'il en soit, j'espère qu'avec ce temps qu'ils nous font passer dessus, les japonais recyclent vraiment tout ce qu'on leur donne à recycler...

Voilà pour aujourd'hui les cocos. BTW, j'ai entendu dire que des gens s'étaient désespérément inscrits ici où là pour recevoir des notifications par mail dès que je publie un nouvel article. Je ne sais pas d'où ça venait (pas de moi en tout cas, et en plus visiblement ça ne marchait pas), mais j'ai l'honneur de vous annoncer que c'est dorénavant possible, il vous suffit d'entrer votre adresse mail dans le champ "Follow me" en haut à droite ! 


A bon entendeur salut !

dimanche 9 octobre 2011

Les mystères de la chambre 816

Avant d'en arriver à les décrire, le plus grand mystère, pour moi, c'est quand même de pouvoir arriver à y capter internet à ce moment-même. La geek en moi espère que ça va durer, mais un réseau non protégé, c'est trop beau pour durer longtemps. 

Les mystères de la chambre 816 ! Avouez que le titre vous a mis l'eau à la bouche. Ça aurait fait bien pour un roman, non ? Je vais le mettre de côté, une fois que j'aurai un pitch pour aller avec.

Des mystères, donc. Quels sont-ils ? A priori bénins, on ne sait toutefois jamais vraiment quel genre de danger peut se cacher derrière. Le premier mystère est celui qui, au même titre que les nuages rouges sur l'eau, ou le rond noir qui n'a pas arrêté de nous suivre, pendant le voyage en avion, me fera m'interroger pour le reste de ma vie sur ce que c'était en réalité. 

Ce premier mystère, depuis une semaine jour pour jour que je le contemple, je n'ai toujours pas trouvé de réponse. Qu'en est-il vraiment ? Le saurai-je un jour ? 

Mais laissez-moi vous expliquer ce qu'il en est. De ma chambre, au huitième étage (mais septième pour vous, car vous le savez sans doute, au Japon, le rez de chaussée compte pour le premier étage) j'ai une vue plutôt étendue sur la ville. Et aussi sur le building d'en face, et plus particulièrement ces escaliers. Dans ces escaliers, au onzième ou douzième étage, on a placé un grand sac plastique pour empêcher le passage. 
La légende du sac plastique noir...
Voilà le mystère insondable. De jour, ce sac plastique est noir. De nuit, il est blanc. Vous y comprenez quelque chose, vous ? J'ai passé pas mal de temps accoudée sur mon balcon à tenter de déterminer à quel point l'illusion d'optique jouait, et je n'ai pas réussi à trouver de réponse. C'est comme quand vous contemplez un paysage à la télé, et que vous vous demandez si c'est en très très gros plan ou si c'est vu de très très loin. Votre sens de la réalité s'effrite. 

... qui devient blanc la nuit

Ce qui me semble le probable, c'est que... Non, en fait j'en ai aucune idée. On pourrait croire que c'est la réflexion de la lumière du couloir qui le rend blanc, mais je vous jure que ça ne donne pas cette impression. C'est juste un mystère. 

Si j'arrive à l'élucider un jour, je vous tiens au courant.

Le deuxième mystère, mais non le moindre, c'est celui de mon frigo gargouilleur. Toutes les onze secondes environ, douze parfois, il émet un bruit qui imite à la perfection celui d'un estomac en pleine digestion. On pourrait penser que le bougre se gave avec les produits que vous avez mis à l'intérieur de lui, mais non, car vous les retrouvez le lendemain matin en parfait état. Toutefois, pendant ces nuits où, pour vous lever à six heures, vous vous couchez à 22h, avec tout sauf envie de dormir, et que vous en êtes réduit à compter les secondes entre les gargouillements, le tout prend une dimension relativement intense. 

Sinon, il y a aussi le mystère de la chambre qui se met à sac toute seule sans que vous y soyez pour rien du tout. Qui balance vos fringues par terre, qui s'amuse à faire tomber vos collants de votre placard, qui dérange vos papiers sur le bureau...

Quoi ? Comment ça, j'suis pas crédible sur ce coup-là ? Ok ok, j'avoue, c'est moi. Mais je fais des efforts, j'ai même ramené un aspirateur pour esssayer de ranger. Sauf que depuis que je me suis aperçu que j'avais internet dans ma chambre, ça fait une heure qu'il est à la même place, mais bon. Ça viendra. 

Voilà pour les mystères de la chambre 816, avec un article qui ne servait à rien, mais faites comme si vous aviez trouvé ça intéressant, d'accord ? Si vous êtes gentils, je vous ferai peut-être un article sur le non-assouvissement de mon côté otaku, ou comment, depuis que je suis au Japon, je suis plus loin que jamais du monde du manga (c'est quand même un comble). 

Mais j'ai quand même acheté le light novel de Durarara, hahaha, et peut-être que j'irai faire un tour dans un game center à Kamimaezu tout à l'heure, alors rien que pour ça, je peux supporter de ne pas avoir de librairie bien achalandée dans le coin. 

A plus tard, têtards !

Sana.

samedi 8 octobre 2011

De l'immersion et de ses conséquences linguistiques


L'immersion, c'est merveilleux. À tout point de vue. Merveilleusement pédagogique, merveilleusement intense, et aussi merveilleusement difficile. L'immersion, c'est entendre parler japonais dès que vous sortez le nez de votre chambre d'étudiant de 15 mètres carrés, et ce pour le reste de la journée, à moins que vous ne croisiez de temps en temps votre camarade française. Et c'est, d'ailleurs, entendre parler japonais, et pas forcément par des japonais eux-mêmes.

Prenons comme exemple ce charmant monsieur B., 27 ans, ryûgakusei comme moi, et venant d'un pays limitrophe au mien : l'Allemagne. Moi ne baragouinant pas un mot d'allemand et lui, visiblement dans le même cas avec le français, il faut bien qu'on ait recours à cette langue de l'autre bout du monde pour pouvoir communiquer – encore que, manquant visiblement tous les deux d'un certain talent en sociabilité, nos conversations, tout en japonais soient-elles, se limitent à des borborygmes à propos d'un cours qui a été déplacé ou d'une salle qui a changé.

L'immersion, c'est être capable de comprendre le discours d'une prof tout en étant incapable de déterminer la construction de ses phrases et les mots qu'elles a utilisés tant c'est passé à toute allure – et malgré tout, avoir compris quand même et se dandiner d'un air fier sur sa chaise ; et se ratatiner comme un pruneau trois secondes après quand on se fait interroger sur le seul truc qu'on a pas compris.

C'est également s'adapter au type d'interlocuteur : poli avec les professeurs, familier avec les élèves. Tout un langage qui change en conséquence. Par exemple, pour demander à quelqu'un du bureau où est le professeur Yano, vous direz : "ano, sumimasen… Yano-sensei wa doko ni irasshaimasuka ?". Enfin, vous direz ça si vous voulez vous la péter, parce que c'est du langage honorifique et qu'en tant que gaijin (étranger), vous n'êtes pas censé le maîtriser. Si vous voulez rester sobre, mais poli, vous direz "ano, sumimasen… Yano-sensei wa doko ni imasuka ?" et ça passera très bien.

Par contre, si vous voulez demander à un pote où il est, pas besoin d'y mettre les formes. Un "ima, doko ni iru ?" ("t'es où, là ?" ou, mot à mot : "maintenant, où t'es?") suffira amplement. Voire même un "ima, doko ?" (maintenant, où ?). La base de la conversation entre amis, c'est de réduire les phrases à leur plus forme la plus basique (mais pas forcément la plus simple quand on est habitué au langage poli, malheureusement).

Entre potes, même les particules foutent le camp. Par exemple, au lieu d'avoir un belle phrase telle que "intanetto wo tsukaitai desu ka ?" (soit "voulez-vous utiliser internet ?") avec le "wo" qui indique le complément d'objet, le "desu" pour le côté poli de la phrase, et le "ka" pour le côté interrogatif, on aura juste les mots-clés de la phrase, à savoir "intanetto tsukaitai ?". Pas besoin du "wo", on sait bien que c'est intanetto le complément d'objet. Pas besoin du "desu" de politesse, on est entre potes. Pas besoin du "ka", si l'intonation de la phrase monte à la fin, on sait bien que c'est une question. Si la conversation polie est un corps humain, la conversation entre amis, c'est juste son squelette, son minimum vital.

Bref. L'immersion, c'est censé vous apprendre ça aussi, mais pour l'instant, j'ai encore du mal avec la conversation entre amis, alors je parle plutôt en mode poli. De toute façon, faut être poli dans la vie.

Mais l'immersion, ça ne s'arrête pas là. C'est aussi jeter le trouble dans votre esprit. Oh, ça commence de façon simple. Vous rentrez chez vous après une chaude journée passée à marcher ou à faire les courses, et vous pensez, "aaaaah ! Tsukareta !" (soit "aaah ! j'suis fatiguée !"). Vous ne vous en rendez même pas compte. Puis vous allez faire les courses, et vous vous dites "quand même, la bouffe dans ce suupaa (supermarché) c'est super takai (cher), je me demande si je vais avoir assez avec san zen en (3000 yens)". Ah, quand vous commencez à penser même les chiffres en langue-cible, c'est que ça devient bon. D'habitude, enfin, en ce qui me concerne, c'est ce qui a le plus de mal à passer. Exemple inverse de ce que je viens de citer : vous lisez une phrase quelque part, et quand vous la récitez dans votre tête, ça devient : "Fuji-san no takasa wa trois-mille sept-cents soixante-seize metoru desu." (La hauteur du Fuji-san est de 3776 mètres). Parce que bon sang, que c'est embêtant de traduire ce genre de nombres en japonais…

Bref, je m'égare. Vous commencez donc à penser en japonais. Et c'est très bien. Ça veut dire que l'immersion a des effets sur vous. Vous rentrez chez vous, vous pensez en mi-français, mi-japonais, et parfois même vous utilisez des termes que vous avez entendu dans la journée, sans être tout à fait sûr de leur sens. C'est le moment de vérifier. "Dakara, gutaiteki ni… Hmm ? Gutaiteki ni ? Ça veut dire quoi déjà ? Aaah, oui, ça veut dire "concrètement"… ok…". Parfois, vous regardez le mot dans le dico, et une demi-heure après, quand c'est le moment de le replacer dans votre article de blog, vous avez déjà oublié ce qu'il veut dire. Qu'à cela ne tienne. Vérifiez à nouveau. L'immersion, c'est aussi une question d'opiniâtreté.

Le moment où vous vous dites que ça n'a pas que des avantages, c'est quand, en bon toutou, la queue frétillante d'excitation, vous suivez votre prof responsable japonaise jusqu'à l'endroit où se déroule votre futur cours d'anglais, tout en conversant en japonais avec elle, et le reste. Puis vous arrivez dans cette salle où se déroule le cours. Et là, panique ! Vous ne savez plus dire un seul mot en anglais ! Tout ce qui vous vient, c'est du japonais. Jusqu'à présent, ça m'était surtout arrivé de confondre le japonais et l'espagnol, car mon niveau était intermédiaire dans ces deux matières, alors que je maîtrisais mieux l'anglais. (Et puis, personnellement, je trouve que les sonorités du japonais et de l'espagnol se ressemblent vraiment, mais c'est subjectif.) Mais là, catastrophe ! Le prof, qui doit sans doute être irlandais vu son accent, vous pose des questions en anglais, et il n'y a que des réponses en japonais qui vous viennent !

Vous vous retrouvez donc à répondre "euuh, chotto dake !" à la place de "just a little bit", ou à dire "arigatô gozaimasu" à la place de "thank you" ; ou pire, à faire la jikô shôkai (eh oui, nouveau cours, nouvelle jikô shôkai) de votre voisin, et à dire, devant une classe de trente japonais : "I'd like to introduce my partner. His name is Yuuki, he comes from Anjô, his favourite food is misokatsu, his favourite sport is yakyuu… euuuuh… I mean, baseball !!". (En même temps c'était pas de ma faute, quoi, à force de me faire mélanger tous ces noms anglais et japonais, c'était normal que je finisse par faire une erreur !) Bien sûr, tous les japonais de la salle sont morts de rire. Il faut accepter d'être ridicule pendant l'immersion.

(Tout de même, si quelqu'un a un truc, une astuce pour faire le switch et passer d'une langue à l'autre sans difficulté, n'hésitez pas à vous manifester…)

Toutefois, si vous pensez que l'immersion n'a d'effet que sur votre sens du langage, ce serait une grossière erreur ! Parce qu'elle modifie également votre gestuelle. Je ne vous raconte pas le nombre de fois où je me suis inclinée pendant ces deux dernières semaines… Je n'en suis pas encore à marcher comme les petites japonaises, avec le sac qui pend au bras et la main en l'air façon prout ma chère, les pieds en dedans et qui marchent à petits pas, mais qui sait ? Peut-être que ça viendra un jour ?

Voilà, mes amis, vous avez un petit aperçu de ce par quoi je passe en ce moment pour m'adapter à ma vie japonaise ! Une petite remarque tout de même : si vous ne parlez pas un mot de japonais, ni d'anglais, et que vous décidez de faire un échange au Japon, je vous souhaite bien du courage, parce qu'avec mes cinq ans de japonais derrière moi, je galère profondément à comprendre… (Et personne ne vous traduit jamais rien, même quand vous savez pertinemment qu'ils en sont capables, ces fourbes !)

Mais enfin, c'est mieux comme ça. À la dure, j'obtiendrai certainement des résultats !

Fight !

vendredi 7 octobre 2011

De mes cours à la fac...

Aaah, mes braves ! Je sais à quel point vous attendiez de mes nouvelles, le suspense était insoutenable ! Je vais donc vous parler de ma première semaine de fac à l'université Kendai. Semaine chargée s'il en fut... presque aussi chargée que mes vacances d'été passées à alterner dodo/manger/pc. 
 
Lundi matin, le suspense était à son comble. On devait avoir le résultat de nos tests de japonais, notre emploi du temps, et par dessus le marché comme on ne savait pas à quelle heure on commençait, on devait tous venir pour la première heure de cours, soit 8h30. Comptant l'heure et demi de trains (oui oui, au pluriel, les trains) pour s'y rendre, ça voulait donc dire partie à sept heures, levée à six heures, le temps de bien de se préparer, de prendre un bon petit déjeuner. En théorie. En pratique, c'était plutôt levée à 6h50 et partie à 7h10, en ayant à peine eu le temps de prendre un daifuku dans son sac pour l'engloutir dès que possible (mais pas dans la rue, parce qu'au Japon, on ne mange pas dans la rue, c'est terriblement mal élevé). 

J'arrive tout de même là-bas en avance - je suis même la première. Puis les coréens arrivent, puis les autres, et les professeurs viennent vers nous pour nous donner nos résultats, qui sont en fait sous la forme d'emplois du temps avec des cours à suivre et d'autres à pas suivre, et d'autres facultatifs. Les bleus sont obligatoires, les violets sont facultatifs, et ceux en blanc ne sont pas à suivre. 

Le système d'heures est fait de la façon suivante : la première période va de 8h50 à 10h20, la deuxième de 10h30 à 12h, la troisième de 12h50 à 14h20, la quatrième de 14h30 à 16h, la cinquième de 16h10 à 17h40... etc. Pas de "un tel a cours à 8h, un autre à 8h30, un autre à 9h..." non. Ici tout le monde est logé à la même enseigne, tout le monde a cours au même moment. 

On commence donc par un cours qui est murasaki pour moi (violet), et auquel je pourrais ne pas aller, mais voilà, c'est le premier cours et tout, je décide de faire mon élève studieuse et de m'y pointer tout de même. 

En fait, il n'y a pas beaucoup à raconter de ce cours, ni de celui qui ont suivi, ni de la plupart des autres dans la semaine, pour une bonne raison, un mot qu'il vous faut retenir lors de n'importe quelle rentrée japonaise, un mot abhorré, un concept honni... j'ai nommé la jikô shôkai. Ou la présentation de soi-même. C'est un concept que les japonais adorent, je ne sais pas pourquoi.

Cette semaine a donc été la semaine de la jikô shôkai, sous toutes ses formes : se présenter soi-même (la plus courante) et donc se mettre debout et dire "je suis machin, je viens de truc, dans la vie j'aime les bidules et j'aime pas les machins" ; ou alors présenter son voisin, donc lui faire répondre à un questionnaire, et ensuite dire "alors lui c'est bidule, il vient de truc, il aime machin...." etc. Ou alors, une autre variante, se lever et dire "je suis machin je viens de bidule", et ensuite citer trois trucs qu'on aime, donc l'un d'entre eux sera un mensonge, et les autres devront deviner quoi. C'est sous la forme de ces petits jeux que les jikô shôkai sont les moins flippantes, n'empêche que ça fait flipper quand même, surtout que je déteste parler en public.

En dehors des jikô shôkai, ce qu'il a fallu faire, c'est préparer notre emploi du temps. Les cours bleus et violets qu'on nous a proposés ne sont en fait pas tous obligatoires, et on peut en choisir d'autres également si on veut. J'en suis donc pour l'instant à deux périodes de cours le lundi, trois le mardi, pas cours le mercredi ni le jeudi, et probablement deux pour le vendredi. Donc trois jours de cours sur sept. Elle est pas belle, la vie ?

Les profs ont l'air tous sympa. Est-ce que c'est parce qu'ils ont l'habitude d'enseigner à des étrangers, ou est-ce que parce que ce sont des adultes qui parlent correctement - toujours est-il que je comprends très bien ce qu'ils racontent dans leur cours. (C'est le plus important...) Il y a une prof qui m'a fait grand effet, qui s'appelle Katô Jun, qui a l'air juste géniale, et qui est la seule à nous avoir fait un cours digne de ce nom durant cette semaine, vu qu'on l'a eue deux fois et que la deuxième fois, ce n'était pas la peine de faire des jikô shôkai (et que les jikô shôkai, ça prend du temps, vu que tout le monde doit y passer).

Voilà pour la fac. C'est une chouette fac, je trouve - peut-être parce qu'il a fait beau à chaque fois que j'y suis allée ? Dans un endroit très calme, entouré de verdure, un peu en hauteur, de sorte que si on monte vers les terrains de tennis et la piscine, on voit toutes les montagnes environnantes et la ville de Nagoya plus loin, c'est super joli (et l'endroit près des terrains de sport en particulier est très calme, c'est carrément agréable de se poser là, au soleil, et d'écouter les dernières cigales en regardant le paysage).

L'autre endroit qui vaut le coup dans la fac, c'est la cantine, évidemment. Je suis toujours aussi fan de leur thé à volonté, de leurs croquettes de pommes de terre, et des menus qu'ils proposent. Les cantines, d'habitude, c'est toujours pas bon, mais là, pour la première fois de ma vie, j'adhère totalement au concept ! Le repas d'aujourd'hui, dont j'ai oublié le nom, ressemblait à du katsudon (du porc pané avec des oignons confits sur du riz avec de la sauce, dans un bol) sauf que ce n'était pas du porc, mais plutôt des petites boulettes de viande aux herbes qui allaient avec... Super bon ! (Pour changer.)

J'ai finalement acheté une poêle pour ma chambre, je vais donc pouvoir commencer à faire ma propre cuisine moi-même au lieu de manger des onigiri et des daifuku à tous les repas ! (Quoi que je me suis mise aux nouilles instantanées. Y'a du progrès ! Et puis, elles ne coûtent que 80 yens le pot...)

Voilà. Pour revenir au sujet des cours, j'ai vaguement tenté d'entrer sur le terrain de tennis pour m'inscrire au cours aujourd'hui, mais ma timidité légendaire faisant encore des ravages, je me suis enfuie dès que quelqu'un sur le terrain m'a repérée. On verra plus tard pour le tennis... 

Quant à l'anglais, cours optionnel puisque j'ai déjà validé l'UE pendant ma troisième année de musico, j'y suis allée ce matin... Haha ! C'est pas bien de se moquer, mais la plupart des japonais sont vraiment nuls en anglais, hu. Enfin en même temps, c'était un cours de niveau intermédiaire. S'entendre dire "alors comment formule-t-on cette question à partir de cette phrase ?" j'avais l'impression de revenir au collège... On peut dire que ça changeait des cours de l'année dernière avec notre prof irlandais qui nous faisait écouter des films avec des acteurs aux accents sortis de derrière les fagots, et des dialogues entiers à retranscrire pendant les examens...

Voilà mes gens ! Quand j'y pense, c'est un article qui ne vous en apprend pas tant que ça au final, mais il est presque 19h chez moi, j'ai faim et il y a une trop bonne odeur de nourriture dans cette pièce, j'ai presque plus de batterie sur mon ordi, et surtout, l'araignée qui se baladait sur le mur devant moi a disparu et je suis beaucoup moins tranquille quand je ne la vois plus, alors je vous laisse !

A bientôt pour de nouvelles aventures !


mardi 4 octobre 2011

Les étrangetés de la culture japonaise, part 2 : l'aizuchi


Il y a une coutume japonaise… ou plutôt, peut-être pas une coutume, mais une habitude japonaise, qui consiste, lors d'une conversation, à assurer l'interlocuteur n'est pas en train de penser à son prochain repas ou bien à l'état de ses finances au moment où vous lui parlez. Ça s'appelle l'aizuchi.

Qu'est-ce que l'aizuchi ? C'est très simple. Quand vous parlez, en face de vous, vous entendez un bourdonnement sonore continu, qui, si vous écoutez plus attentivement (tout en parlant, exercice dangereux),  est en fait une série de "hai, aa, nn, sô desu ne, nn, eeeh, oooh, aa sokka…" venant de la personne à qui vous parlez. C'est de cette manière que l'interlocuteur marque son approbation à chacune de vos virgules, et même à chaque espace dans vos phrases.

En France… non, pas en France, en France on coupe la parole, c'est pas pareil. Dans d'autres pays, on attend que l'autre ait fini sa phrase avant de dire "ah ouais, c'est pas faux" ou bien "non mais tu charries là, c'est totalement débile".  Au Japon, si vous restez silencieux jusqu'à ce que le japonais en face de vous ait fini sa phrase, il sera inquiet, et se dira "bon sang, il m'écoute oui ou merde ?". Evidemment, il ne le dira pas de cette façon là (on est au Japon, quoi), mais il dira "euuh, tu m'écoutes ?" et vous de répondre, surpris : "hein ? Ben oui".

Cependant, l'aizuchi est, je pense, plutôt appliqué par les personnes plus âgées. Quand je parle avec des jeunes, ou quand j'observe les jeunes parler, je n'ai pas cette impression. Toutefois, cette affirmation reposant sur ma maigre expérience d'une semaine, n'y accordez pas trop de crédit. Vérifiez par vous-même, si vous en avez l'occasion… Sinon, on en reparle dans trois mois, quand j'aurai eu un peu plus de temps pour vérifier ma théorie.

Vous pourriez vous dire : ah, mais alors si je ne fais pas d'aizuchi pendant que je parle à un japonais, je vais me faire mal voir ? Eh bien, la réponse à cette question est : je ne sais pas. Les japonais sont du genre à sourire de toutes leurs dents même quand ils se disent par derrière "bon sang, mais qui m'a fichu un crétin pareil ?" Eh oui. (Mais ce que vous ne savez pas ne pas vous faire de mal, pas vrai ?)

Toutefois, si vous avez peur de ne pas être à la hauteur, vous seriez surpris de voir à quel point le pli se prend vite. Pas que vous serez devenu une bête en aizuchi en moins d'une semaine, mais on prend rapidement quelques habitudes. Par exemple, je n'ai jamais autant dit "aa, sô desu ne !" et les variantes "aa, sô sô sô !" ou "aa, sô desu ka ?" (qui pourraient être respectivement traduits par "oui, n'est-ce pas ?", "oui, exactement !" et "ah bon ?") en cinq ans d'apprentissage du japonais qu'en une semaine passée ici à blablater avec des nihonjin pure souche. Belle chose que l'immersion.

Immersion qui, soit dit en passant, est très efficace aussi pour vous faire penser en une autre langue. En rentrant de cours, vous ne vous dites pas "ah oui c'est vrai" quand vous réalisez que vous n'avez plus à manger dans votre frigo, vous vous dites plutôt "aa, sô da yo ne". Et parfois, quand vous êtes levé depuis tôt le matin, que vous venez de passer deux heures dans les transports en commun et que vous êtes trop fatigué pour penser soit tout en japonais, soit tout en français, vous vous surprenez à penser "cette prof était omoshiroi aujourd'hui, mais je pense que son jugyô va être tsumaranai…" et après, quand vous réalisez que vous avez pensé ça, soit ça vous fiche les jetons, soit vous vous sentez un peu con. Soit les deux. Mais bon, on s'éloigne un peu du sujet de l'aizuchi là.

Bref, voilà pour le sujet d'aujourd'hui. On se retrouve bientôt pour que je vous raconte mes premiers jours de fac !

À plus les loulous !

dimanche 2 octobre 2011

Les étrangetés de la culture japonaise...

Bon, ce ne sont pas des "étrangetés" à proprement parler. Ce sont juste des choses qui ne cessent de m'étonner depuis que je suis arrivée, des petits qui font que voilà, t'es au Japon et pas ailleurs. 

Bon, probablement le truc qui surprend le plus quand on arrive ici : il y a un respect fabuleux de la personne et de l'entourage. Les rues et les bâtiments ne sont pas dégradés, tout est super propre, pas de papiers par terre, pas de mégots de cigarette, pas de chewing-gums incrustés dans le macadam... On a beau le savoir, parce que tout le monde vous le dit, quand on le constate de ses propres yeux, on est quand même impressionnés. 

Puis tout est fait pour vous rendre la vie plus facile : dans les trains, par exemple, on vous dit "le train a quitté la station précédente, il sera là dans deux minutes..." ou bien "les portes s'ouvriront du côté droit" pour que vous ne vous retrouviez pas comme un con à attendre qu'une porte s'ouvre alors que c'est derrière vous que ça se passe. C'est même annoncé en anglais pour les étrangers.

Ensuite, lorsque vous passez dans un magasin, la vendeuse annonce le prix de chaque article que vous achetez, histoire que vous puissiez calculer, pendant le temps qu'elle met à les passer, combien vous devez. D'ailleurs c'est assez drôle, la façon qu'ils ont de faire passer les articles, ici : vous avez votre panier avec vos articles dedans : vous le posez sur la caisse, et la vendeuse les transfère dans un autre panier de l'autre côté de la caisse : ensuite, vous prenez le nouveau panier avec vos articles, et vous allez trois mètres plus loin les mettre dans des sacs plastiques. 

Bien sûr, il y a le traditionnel "irasshaimase" à chaque fois que vous arrivez dans un magasin (et même des fois quand vous y êtes déjà depuis dix minutes, simplement parce qu'un employé vient de vous croiser pour la première fois), puis les vendeurs se confondent en remerciements après votre achat... C'est assez drôle. 

Puis bien sûr, il y a ces passages piétons. Dans une ville déserte, avec plus qu'un seul humain sur la terre, si cet humain était japonais, il ne traverserait pas au feu rouge. Ils attendent tous avec dévotion que le feu vert se déclenche, même vous avez une vue dégagée sur cent mètres à droite, cent mètres à gauche, et qu'il n'y a aucune voiture en vue. Le règlement, c'est le règlement. Ce feu vert est accompagnée d'une petite musiquette pour signaler aux aveugle que c'est bon, ils peuvent traverser sans risque. Bien foutu. 

C'est aussi toutes les petites marques de politesse, comme par exemple de dire "o saki ni" (avant vous) lorsque vous sortez en premier d'un ascenseur, ou bien de dire "yoroshiku onegai shimasu" (je vous en prie) lorsque vous montez dans la navette gratuite qui va jusqu'au centre commercial. Et puis bien sûr s'incliner à tout bout de champ, lorsque vous croisez quelqu'un que vous connaissez, ou même que vous ne connaissez pas, juste parce que vous le croisez dans le cadre d'un lieu non public, comme un immeuble, un ascenseur, etc. 

Le point compliqué, c'est le tri des déchets. Va falloir un temps avant que je m'y habitue, je pense. Au moins quatre ou cinq poubelles pour des déchets divers, les brûlables, les non-brûlables, les bouteilles en plastiques, les canettes, les machins, les trucs... Plutôt compliqué, comparé à la France ou t'as "les recyclables" et "les non-recyclables". 

Le truc marrant ici c'est aussi le style de vêtements des gens, parfois complètement loufoque (des chaussettes à dentelle avec des escarpins, c'est un peu ringard, non ? Non, ici ça passe...). Ma mère n'arrêtait pas de me dire que de mettre des chaussettes longues en été, c'était complètement aberrant. Eh ben maman, faudrait que tu voies ça ! Ici, toutes les filles en portent, qui leur arrivent à mi-cuisses - et avec des micro-mini-jupes par dessus le marché. 

Le plus drôle, c'est quand vous croisez une gal (ou kogal, kogaru, de l'anglais girl, sans doute), c'est à dire une de ces filles surmaquillées, avec des jupes au ras des fesses, les cheveux décolorés, des petits diamants sur leurs ongles et des faux cils, qui se déplacent les pieds en dedans et le sac pendant à leur coude, le bras en l'air, pour avoir l'air d'une demoiselle en détresse que n'importe quel prince charmant voudrait sauver. D'habitude, c'est vous que tout le monde regarde avec des yeux ronds, mais là, je peux vous dire que vous vous retenez de faire la même chose. 

Ou sinon, vous tombez sur des rebelles, avec les cheveux coupés à la punk, en train de fumer dans la rue (sacrilège!) alors qu'elles devraient être en cours, vêtues de jogging en jersey (comme quoi, on dirait que le cassos de base a toujours le même code vestimentaire, quel que soit le pays).

Ce qui étonne aussi, c'est que personne ne semble avoir peur qu'on vole quoi que ce soit. Par exemple, dans la salle informatique, où je suis en ce moment, des gens laissent leur ordinateur, leur iphone, au vu et au su de tout le monde, pendant qu'ils s'en vont pendant une demi-heure, voire une heure (voire plus) (et qu'ils monopolisent pour rien un des sept câbles de la salle, mais passons).

Ah, une expérience aussi : le bain qui sert à toute la famille. Vous vous lavez d'abord à l'extérieur du bain, vous vous savonnez bien, vous rincez tout ça, et ensuite, vous entrez dans le bain et vous barbotez. Plus propre comme ça... théoriquement. Sauf que le rinçage n'empêche ni la perte de cheveux, ni celle de poils pubiens, et quand vous en voyez flotter autour de vous - et la taille vous indique qu'il ne sont définitivement pas les vôtres - le bain devient nettement moins agréable. Alors, très lentement, pour ne pas créer trop de remous, vous vous levez et vous sortez... Ah la la. Une expérience à vivre. 

Je me rappelle une fois avoir vu quelque part, sans pouvoir me souvenir d'où ça venait : "économise l'eau, ne prends pas de douche ! Prends plutôt un bain !" Haha, ils sont marrants ces japonais, comme si un bain ça prenait moins d'eau qu'une douche... Même quand il sert pour toute la famille, je doute que ce soit le cas. 

Ah, ensuite on ne peut pas parler de culture japonaise sans parler de toilettes japonaises. Tout un art, ces toilettes. La photo en dessous a été prise dans ma fac, donc ce sont des toilettes basiques, mais dans les high-tech, vous avez tout un éventail de possibilités : le bouton qui imite le bruit de la chasse d'eau, pour couvrir le son de votre ruisseau, le bouton pour vous laver le petit trou, celui pour vous laver le gros trou, celui qui envoie de l'air pour sécher tout ça, et celui, bien sûr, pour doser la puissance de toutes ces options - sans oublier les toilettes aux sièges chauffants, pour les durs moments d'hiver. C'est-y pas beau ?



Les toilettes japonaises... Du grand art.

Voilà voilà, mes braves. J'avais pour projet d'aller à Sakae aujourd'hui, mais j'ai fait ma grosse loque et je me suis réveillée à midi (je me sens un peu coupable, mais bon), donc ça sera reporté à plus tard, quand j'aurai ma carte de train, à priori. Pour l'instant, je vais essayer d'aller trouver le port : je vous disais que je ne voyais pas la mer de ma chambre, mais en fait c'est faux, j'en vois un touuuut petit bout, mais je n'en suis pas sûre, donc je vais aller confirmer ça. C'est au bout de l'avenue apparemment, mais cette avenue est tellement longue que je pense en avoir pour au moins une demi-heure pour atteindre le bout...

Sur ce, je vous dis à bientôt ! 
Sana.