Lecteur mp3

~ La musique du moment ~
Led Zeppelin - The Rain Song
Cliquez pour lancer le lecteur !

samedi 8 octobre 2011

De l'immersion et de ses conséquences linguistiques


L'immersion, c'est merveilleux. À tout point de vue. Merveilleusement pédagogique, merveilleusement intense, et aussi merveilleusement difficile. L'immersion, c'est entendre parler japonais dès que vous sortez le nez de votre chambre d'étudiant de 15 mètres carrés, et ce pour le reste de la journée, à moins que vous ne croisiez de temps en temps votre camarade française. Et c'est, d'ailleurs, entendre parler japonais, et pas forcément par des japonais eux-mêmes.

Prenons comme exemple ce charmant monsieur B., 27 ans, ryûgakusei comme moi, et venant d'un pays limitrophe au mien : l'Allemagne. Moi ne baragouinant pas un mot d'allemand et lui, visiblement dans le même cas avec le français, il faut bien qu'on ait recours à cette langue de l'autre bout du monde pour pouvoir communiquer – encore que, manquant visiblement tous les deux d'un certain talent en sociabilité, nos conversations, tout en japonais soient-elles, se limitent à des borborygmes à propos d'un cours qui a été déplacé ou d'une salle qui a changé.

L'immersion, c'est être capable de comprendre le discours d'une prof tout en étant incapable de déterminer la construction de ses phrases et les mots qu'elles a utilisés tant c'est passé à toute allure – et malgré tout, avoir compris quand même et se dandiner d'un air fier sur sa chaise ; et se ratatiner comme un pruneau trois secondes après quand on se fait interroger sur le seul truc qu'on a pas compris.

C'est également s'adapter au type d'interlocuteur : poli avec les professeurs, familier avec les élèves. Tout un langage qui change en conséquence. Par exemple, pour demander à quelqu'un du bureau où est le professeur Yano, vous direz : "ano, sumimasen… Yano-sensei wa doko ni irasshaimasuka ?". Enfin, vous direz ça si vous voulez vous la péter, parce que c'est du langage honorifique et qu'en tant que gaijin (étranger), vous n'êtes pas censé le maîtriser. Si vous voulez rester sobre, mais poli, vous direz "ano, sumimasen… Yano-sensei wa doko ni imasuka ?" et ça passera très bien.

Par contre, si vous voulez demander à un pote où il est, pas besoin d'y mettre les formes. Un "ima, doko ni iru ?" ("t'es où, là ?" ou, mot à mot : "maintenant, où t'es?") suffira amplement. Voire même un "ima, doko ?" (maintenant, où ?). La base de la conversation entre amis, c'est de réduire les phrases à leur plus forme la plus basique (mais pas forcément la plus simple quand on est habitué au langage poli, malheureusement).

Entre potes, même les particules foutent le camp. Par exemple, au lieu d'avoir un belle phrase telle que "intanetto wo tsukaitai desu ka ?" (soit "voulez-vous utiliser internet ?") avec le "wo" qui indique le complément d'objet, le "desu" pour le côté poli de la phrase, et le "ka" pour le côté interrogatif, on aura juste les mots-clés de la phrase, à savoir "intanetto tsukaitai ?". Pas besoin du "wo", on sait bien que c'est intanetto le complément d'objet. Pas besoin du "desu" de politesse, on est entre potes. Pas besoin du "ka", si l'intonation de la phrase monte à la fin, on sait bien que c'est une question. Si la conversation polie est un corps humain, la conversation entre amis, c'est juste son squelette, son minimum vital.

Bref. L'immersion, c'est censé vous apprendre ça aussi, mais pour l'instant, j'ai encore du mal avec la conversation entre amis, alors je parle plutôt en mode poli. De toute façon, faut être poli dans la vie.

Mais l'immersion, ça ne s'arrête pas là. C'est aussi jeter le trouble dans votre esprit. Oh, ça commence de façon simple. Vous rentrez chez vous après une chaude journée passée à marcher ou à faire les courses, et vous pensez, "aaaaah ! Tsukareta !" (soit "aaah ! j'suis fatiguée !"). Vous ne vous en rendez même pas compte. Puis vous allez faire les courses, et vous vous dites "quand même, la bouffe dans ce suupaa (supermarché) c'est super takai (cher), je me demande si je vais avoir assez avec san zen en (3000 yens)". Ah, quand vous commencez à penser même les chiffres en langue-cible, c'est que ça devient bon. D'habitude, enfin, en ce qui me concerne, c'est ce qui a le plus de mal à passer. Exemple inverse de ce que je viens de citer : vous lisez une phrase quelque part, et quand vous la récitez dans votre tête, ça devient : "Fuji-san no takasa wa trois-mille sept-cents soixante-seize metoru desu." (La hauteur du Fuji-san est de 3776 mètres). Parce que bon sang, que c'est embêtant de traduire ce genre de nombres en japonais…

Bref, je m'égare. Vous commencez donc à penser en japonais. Et c'est très bien. Ça veut dire que l'immersion a des effets sur vous. Vous rentrez chez vous, vous pensez en mi-français, mi-japonais, et parfois même vous utilisez des termes que vous avez entendu dans la journée, sans être tout à fait sûr de leur sens. C'est le moment de vérifier. "Dakara, gutaiteki ni… Hmm ? Gutaiteki ni ? Ça veut dire quoi déjà ? Aaah, oui, ça veut dire "concrètement"… ok…". Parfois, vous regardez le mot dans le dico, et une demi-heure après, quand c'est le moment de le replacer dans votre article de blog, vous avez déjà oublié ce qu'il veut dire. Qu'à cela ne tienne. Vérifiez à nouveau. L'immersion, c'est aussi une question d'opiniâtreté.

Le moment où vous vous dites que ça n'a pas que des avantages, c'est quand, en bon toutou, la queue frétillante d'excitation, vous suivez votre prof responsable japonaise jusqu'à l'endroit où se déroule votre futur cours d'anglais, tout en conversant en japonais avec elle, et le reste. Puis vous arrivez dans cette salle où se déroule le cours. Et là, panique ! Vous ne savez plus dire un seul mot en anglais ! Tout ce qui vous vient, c'est du japonais. Jusqu'à présent, ça m'était surtout arrivé de confondre le japonais et l'espagnol, car mon niveau était intermédiaire dans ces deux matières, alors que je maîtrisais mieux l'anglais. (Et puis, personnellement, je trouve que les sonorités du japonais et de l'espagnol se ressemblent vraiment, mais c'est subjectif.) Mais là, catastrophe ! Le prof, qui doit sans doute être irlandais vu son accent, vous pose des questions en anglais, et il n'y a que des réponses en japonais qui vous viennent !

Vous vous retrouvez donc à répondre "euuh, chotto dake !" à la place de "just a little bit", ou à dire "arigatô gozaimasu" à la place de "thank you" ; ou pire, à faire la jikô shôkai (eh oui, nouveau cours, nouvelle jikô shôkai) de votre voisin, et à dire, devant une classe de trente japonais : "I'd like to introduce my partner. His name is Yuuki, he comes from Anjô, his favourite food is misokatsu, his favourite sport is yakyuu… euuuuh… I mean, baseball !!". (En même temps c'était pas de ma faute, quoi, à force de me faire mélanger tous ces noms anglais et japonais, c'était normal que je finisse par faire une erreur !) Bien sûr, tous les japonais de la salle sont morts de rire. Il faut accepter d'être ridicule pendant l'immersion.

(Tout de même, si quelqu'un a un truc, une astuce pour faire le switch et passer d'une langue à l'autre sans difficulté, n'hésitez pas à vous manifester…)

Toutefois, si vous pensez que l'immersion n'a d'effet que sur votre sens du langage, ce serait une grossière erreur ! Parce qu'elle modifie également votre gestuelle. Je ne vous raconte pas le nombre de fois où je me suis inclinée pendant ces deux dernières semaines… Je n'en suis pas encore à marcher comme les petites japonaises, avec le sac qui pend au bras et la main en l'air façon prout ma chère, les pieds en dedans et qui marchent à petits pas, mais qui sait ? Peut-être que ça viendra un jour ?

Voilà, mes amis, vous avez un petit aperçu de ce par quoi je passe en ce moment pour m'adapter à ma vie japonaise ! Une petite remarque tout de même : si vous ne parlez pas un mot de japonais, ni d'anglais, et que vous décidez de faire un échange au Japon, je vous souhaite bien du courage, parce qu'avec mes cinq ans de japonais derrière moi, je galère profondément à comprendre… (Et personne ne vous traduit jamais rien, même quand vous savez pertinemment qu'ils en sont capables, ces fourbes !)

Mais enfin, c'est mieux comme ça. À la dure, j'obtiendrai certainement des résultats !

Fight !

8 commentaires:

  1. Le bonheur de découvrir dès le matin une nouvelle page sur ton blog ! quel régal!
    Les aléas de l'immersion, je connais ...avec les quiproquos inévitables...... ça peut donner lieu à de sacrés fou-rires mais aussi à de durs moments de solitude !!!!
    Par contre, je t'en supplie, pas la démarche les pieds en dedans, avec les grandes chaussettes....NON!!!!Bisous
    Mamounette.

    RépondreSupprimer
  2. Ohlala tu as bien raison pour la langue... J'ai hâte d'arriver à m'en sortir en japonais parce que pour l'instant c'est la galère ! Même en parlant très bien anglais (c'est pas le cas des japonais donc ça ne me sert pas à grand chose). Oui pour repréciser tout ça, je suis ici pour un an avec mon copain. Lui travaille en fait et moi pour l'instant je vais à l'école tous les matins pour apprendre le japonais. J'avais commencé en France mais avec le boulot et notre seule heure de japonais par semaine c'était presque rien. Bref, j'espère que je finirai à penser en japonais aussi, ça montre que tu t'en sors vraiment bien !

    RépondreSupprimer
  3. Jérémy (Azhiel)8 octobre 2011 à 20:11

    Coucou !
    Ici Jerem ^^ (Alias Azhiel, Asaliah, Tristan ... et j'en passe xD)
    Juste pour dire que j'aime beaucoup ton blog, et que je trouve sympa le concept de faire partager ton aventure en terres nippones ! Pour nous qui sommes coincés sous le ciel gris du Nord français, c'est un petit moment de bonheur que de s'imaginer à ta place en te lisant :P (plaisir par procuration @@)! Et oui, c'est là qu'on se dit "Punaise, elle bien de la chance elle @@" et qu'on rajoute "Moi aussi j'irai au Japon un jour >.< Nah !" (Bon, peut être pas en tant qu'étudiant, le statut de touriste me suffira xD). Enfin bref, voilà, continue de donner de tes nouvelles !

    Et profite bien !!

    RépondreSupprimer
  4. Un post super intéressant mais je n'ai trop rien à dire dessus XD.

    Juste qu'après deux-trois semaines avec beaucoup plus de contacts avec des japonais que l'an dernier (oui oui, je me suis motivé, je n'en suis pas encore arrivé à leur parler en japonais, à part deux trois mots, mais ça viendra), je comprends ce que tu veux dire par changement de façon de penser ou modifications gestuelles, il m'arrive de penser quelques mots en japonais (à force de les entendre parler, même s'il s'agit juste de petits mots comme "hontô ni ?"), et je me suis surpris à incliner le coup légèrement lorsque je salue mes clients ou à acquiescer ce que l'on me dit en faisant "hmm ! hmm !" avec des petits coups de tête XD.
    Donc ce n'est pas le même genre d'immersion, mais je vois ce que tu veux dire, et rien que passer quelques soirées et activités avec des japonais qui parlent entre eux, ça aide beaucoup (à mon niveau, c'est à dire, très inférieur au tien XD) et ça fait vraiment avancer (et ça motive !).
    En plus les japonais de cette année sont vraiment tous super sympas, et surtout moins timides que ceux de l'an dernier ^^.

    Donc courage de ton côté ! Tu y arriveras ! et courage du nôtre aussi ! Fighto~ o//

    (ah, HS aussi, mais bravo pour avoir réussi à intégrer un lecteur musical avec un système play/pause !)

    RépondreSupprimer
  5. Maman : ouais, t'as dû vivre ça aussi à Peralta ! Mais bon au moins t'avais papa pour faire la traduction quand tu comprenais pas ;)
    Quand je mettrai des grandes chaussettes je prendrai des photos pour toi ! :D

    Tam : Oh d'accord, je vois ! J'espère que tu te plais bien au Japon quand même malgré le fait que ce soit difficile. Et j'espère que tu vas vite progresser avec tes cours de japonais ! Ca a pas été trop dur de faire les démarches officielles, l'enregistrement de l'alien card, l'ouverture de compte en banque et tout ça ?

    Jerem : Merci pour le commentaire :D Ben je suis contente de voir que vous aimez ce blog, ça me fait plaisir ! J'pensais pas qu'il aurait autant de succès haha. Et si tu viens en touriste je peux faire la visite guidée hein \o/

    Garvi : C'est ça que t'appelles trop rien à dire ? Ça m'a l'air plutôt beaucoup quand même XD Sinon c'est chouette pour les japonais de cette année, j'espère que vous vous amusez bien ^^
    Et pour le lecteur c'est le même qu'avant hein, j'ai juste changé la chanson XD (pour mettre celle que tu détestes tant 8D)

    RépondreSupprimer
  6. Bah, je trouve que c'est juste un début ^^. J'espère pouvoir bien parler par la suite !
    Oui oui, on s'amuse bien, dommage que tu ne sois pas là pour les connaitre, ils sont vraiment cool ^^. M'enfin, tu as une compensation plus que suffisante je pense XD.

    Bah, avant le lecteur ne s'affichait pas chez moi Oo. Du coup je ne pouvais pas couper la musique, elle se mettait en marche dès que j'ouvrais une page (et oui, j'avoue que ça m'arrange de pouvoir mettre cette piste là en pause XD).

    RépondreSupprimer
  7. Ahahah moi c'est vrai, j'ai vraiment rien à dire à part que j'ai trouvé très rigolo ! XD
    Le coup de compter les gros nombre en français, ça nous arrive à tous XD
    La démarche japonaise.... noooon.... ! Ça ne t'arrivera jamais de toute façon ! (j'ai l'impression de parler d'une maladie là oO)
    Pour switcher... aucune idée ._. je me posais la questions pour mes cours d'espagnol à l'époque, où j'essayais de caser de l'anglais à tout bout de champs...)
    Ganbatte~

    RépondreSupprimer
  8. Comme ta maman, je te supplie de ne pas marcher comme ça même après un an ... s'il te plait T.T

    Bon en tout cas je suis contente que tu t'immerges petit à petit <3 Sois courageuse mais je n'en doute pas, patiente et tu vas avoir des résultats époustouflants !

    RépondreSupprimer